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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/291

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L’HOMME
AU BRACELET D’OR

I.

En 1848, M. George d’Alfarey avait vingt-sept ans. C’était ce qu’on appelle dans le monde un jeune homme accompli. Une fortune convenable suffisait à ses goûts, et lui permettait de donner à sa vie une élégance sérieuse et sans futilité. D’une nature indépendante et légèrement sauvage, il n’avait choisi aucune carrière ; mais, pour satisfaire aux exigences de son esprit curieux, il avait cherché et trouvé dans l’étude des langues un apaisement aux besoins de travail qui le tourmentaient : il avait été l’un des auditeurs les plus assidus de Burnouf, et il était en correspondance familière avec le docteur L… de Berlin. Ses amis se moquaient un peu de lui et l’avaient surnommé George Pentecôte ; il les laissait rire et ne s’en penchait qu’avec plus d’ardeur sur les étranges alphabets que dessinent de leur calam les peuples de l’Asie.

Fils unique, rejeton plus rêvé qu’espéré d’un mariage tardif, il était né d’un père à cheveux blancs pour lequel il professait une tendresse respectueuse qui touchait de près à l’admiration. Le vieillard était demeuré dans le souvenir de son fils comme le type idéal de l’indulgence et de la fermeté. Il y avait en effet dans ses allures quelque chose de froid et de doux que pouvaient expliquer un grand mépris des hommes et l’habitude de la souffrance. C’était un ancien conventionnel rallié au régime impérial ; mais quoique le titre de