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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/286

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l’y contraindre. L’évacuation du Montferrat remplit toute la fin de l’année 1630.

Au commencement de 1631, les diverses puissances intéressées nommèrent pour traiter de la paix des plénipotentiaires qui s’assemblèrent à Cherasco, près de Saviglian. C’étaient Gallas pour l’empire et le comte de La Rocca pour l’Espagne, pour la France Toiras, qui venait de recevoir le bâton de maréchal en récompense de sa belle conduite, avec Abel Servien, naguère premier président du parlement de Bordeaux, puis intendant militaire en Piémont, et bientôt secrétaire d’état. Le nouveau duc de Savoie assistait en personne à ces conférences, et Pancirole et Mazarin y représentaient le saint-siège. Les rapides victoires de Gustave-Adolphe attiraient trop puissamment en Allemagne l’attention et les armées de l’Autriche pour qu’elle fût tentée de continuer la guerre en Italie. Satisfaite d’avoir eu l’air de demeurer l’arbitre des événemens, grâce au commissaire impérial résidant à Casal, elle ne fit point difficulté d’accorder à Charles de Gonzague l’investiture demandée. Le protégé de l’Espagne, le duc de Guastalla, renonça à ses prétentions pour une forte indemnité. La France rendit à Victor-Amédée tous ses états, en gardant jusqu’à l’entière conclusion de la paix, comme l’y autorisait le traité même de Ratisbonne, la ville et la citadelle de Pignerol et tout le pays environnant. Ces divers arrangemens donnèrent lieu à plusieurs traités conclus à Cherasco le 6 avril et le 19 juin 1631, et à la fin du mois de juillet toute la Haute-Italie était pacifiée.

Mais auparavant, et dès le 31 mars de cette même année, la France et la Savoie avaient fait ensemble une convention séparée, qui demeura assez longtemps secrète, et fut particulièrement l’œuvre de Mazarin.

Par cette convention, la France, en rendant à Victor-Amédée tous ses états, ne gardait pas seulement la ville et la citadelle de Pignerol à titre provisoire, elle en devenait maîtresse. De puissans motifs avaient déterminé Richelieu à s’assurer de ce poste avancé. D’abord on n’avait pas encore inventé la belle politique qui prodigue l’or et le sang de la France sans aucun profit pour elle ; ensuite la prudence la plus vulgaire voulait au moins qu’on ne s’exposât point à recommencer sans cesse de tels sacrifices. Trois fois de suite depuis les première jours du XVIIe siècle, il nous avait fallu refaire de sanglantes campagnes et reconquérir à grand prix toutes ces places de la Savoie et du Piémont qui déjà nous avaient coûté si cher. Pignerol, avec une bonne garnison, était à la fois une juste indemnité et une garantie nécessaire, sans nous donner une puissance qui fût capable d’inquiéter l’Italie. Aussi le vrai et désintéressé représentant de l’Italie d’alors, le vigilant défenseur de son repos et de son