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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/282

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et des difficultés du succès. Richelieu lui-même, qui n’est pas suspect, avoue que Mazarin apporta souvent à Schomberg des propositions raisonnables ; mais le maréchal, tout en goûtant fort le jeune et hardi négociateur, en reconnaissant ses bonnes intentions, exigeait qu’avant toutes choses les Espagnols consentissent à remettre la ville de Casal entre les mains du duc de Mantoue et à évacuer le Montferrat. Heureusement le marquis de Sainte-Croix était moins décidé que Schomberg [1]. C’était un officier plein d’honneur et d’expérience, mais qui se défiait un peu de ses troupes. C’est sur lui que Mazarin tourna toutes ses espérances, et il parvint à inspirer au général espagnol le désir d’un accommodement équitable. Il n’y avait pas un moment à perdre, et le 26 octobre au matin, voyant les Français déboucher dans la plaine, Mazarin fit auprès du maréchal de Schomberg un dernier et puissant effort. Il lui dit qu’il pouvait maintenant juger par lui-même que les Espagnols et les impériaux réunis étaient plus nombreux que les Français, et retranchés de telle sorte que pour les forcer il faudrait verser des torrens de sang, qu’il serait vraisemblablement victorieux et délivrerait Casal, mais qu’après cette victoire il se trouverait lui-même très affaibli, incapable de rien entreprendre sur le Montferrat, ne pouvant recevoir de prompts renforts, ayant en tête une armée vaincue, mais non pas détruite, et sur ses derrières le nouveau duc de Savoie, aussi ambitieux, aussi vaillant, aussi faux que son père [2], qui, poussé au désespoir, pourrait fort bien se jeter sur les Français épars en Piémont et couper ou inquiéter leur ligne de communication avec la France. Au lieu de s’engager en de pareils hasards, Mazarin proposa à Schomberg d’arriver au même but par un autre moyen : on remettrait immédiatement la ville de Casal au duc de Mantoue, pourvu que les Français lui remissent aussi la citadelle, comme ils l’avaient toujours promis, sous cette condition qu’un commissaire impérial entrerait dans la ville de Casal et y resterait jusqu’à la paix. Il lui avoua que ce commissaire impérial n’était qu’une invention pour se rapprocher du traité de Ratisbonne, couvrir la dignité de l’empire et sauver les apparences. Il ne pouvait faire aucun ombrage, puisqu’il n’aurait avec lui aucune troupe, et se trouverait à Casal environné des officiers et des généraux du duc de Mantoue. Et Mazarin demanda à Schomberg si c’était pour une question d’étiquette qu’il fallait affronter les hasards d’une bataille et de ses suites. Schomberg répondit qu’une telle proposition se pouvait

  1. Brusoni, p. 162, représente le marquis de Sainte-Croix comme ordinairement irrésolu : « Splite sue perplessità d’ingegno. » Le mémoire anonyme cité dans la première partie de cette étude dit la même chose avec plus de force.
  2. Brusoni, p. 164 : « Gon lo stato di Milano nimico alle spalle, e col Piemonte d’ambigua fede. »