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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/264

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au roi de France la proposition qu’elle avait faite au cardinal. Louis XIII traita fort bien le jeune diplomate qu’il connaissait déjà par le rapport de Richelieu. Mazarin eut l’occasion de revoir son illustre interlocuteur de l’année précédente, et de s’entretenir dans ses bonnes grâces [1]. Le représentant du nonce Pancirole fut reçu comme l’aurait été le nonce lui-même [2]. Bagni, nonce apostolique en France et récemment nommé cardinal, avait accompagné le roi, et il avait l’ordre du pape de s’entendre avec son jeune collègue. Mazarin eut à Grenoble une audience solennelle, il y porta la parole au nom de sa cour ; il félicita Louis XIII d’être l’arbitre de la paix et de la guerre, il lui dit que l’Europe entière attendait avec anxiété sa décision, il le supplia de ne pas laisser passer cette glorieuse occasion de procurer à ses peuples et aux états voisins le plus riche présent que le ciel puisse faire à la terre, la paix ; il concluait en proposant un traité qui renouvelait celui de Suze, et en demandant la restitution de Pignerol au Piémont. Le roi répondit qu’il désirait la paix avec passion, et que, pour un si grand bien, il était prêt à abandonner ses nouvelles conquêtes, mais qu’il ne pouvait suspendre la marche de ses troupes et le cours de ses avantages tant que le traité n’aurait pas été conclu, qu’ainsi ses ministres conféreraient volontiers de cette grande affaire avec ceux du saint-père, que selon toute apparence ils l’amèneraient promptement à une bonne fin, et que lui-même allait les y aider. Là-dessus, il se mit à la tête d’une seconde armée qu’on avait rassemblée dans le Dauphiné, pénétra avec elle en Savoie, prit Chambéry, se répandit dans la Tarentaise et jusque dans la vallée d’Aoste, assiégea Montmélian, soumit la Maurienne, et au mois de juin il était maître de toute la Savoie depuis Pont-Beauvoisin jusqu’au Mont-Cenis. Il établit sa résidence à Saint-Jean-de-Maurienne, et y attendit des nouvelles d’au-delà les Alpes.

Notre armée d’Italie était partagée en plusieurs corps. L’un, sous le maréchal de Créquy, occupait Pignerol et le pays alentour ; un

  1. Mazarin, étant arrivé a Grenoble avant Richelieu, qui était allé à Lyon à la rencontre du roi, lui écrivit le 16 mai 1630 ; il lui apportait une lettre du nonce Pancirole datée de Turin, 7 mai. Ces deux lettres sont aux archives des affaires étrangères, France, t. LIII, fol. 84 et 170.
  2. Nous tirons ces particularités d’Aubery, lequel les tenait d’un Romain qui accompagnait le cardinal Bagni. « Je ne puis m’empescher ici, dit Aubery, t. Ier, p. 35, d’emprunter quelques traits de la description qu’a faite de cette solennité Jean-Baptiste Casalio, Romain, qui se trouva pour lors en la compagnie du cardinal Bagni. La cour de France, dit-il, étoit à Grenoble, capitale du Dauphiné, qui confine à la Savoie et approche plus de l’Italie. Le seigneur Mazarin y vint en qualité de ministre du pape, et fut reçu du roi avec toutes les caresses et toutes les marques d’estime et de bienveillance imaginables. L’accueil et les honneurs furent tels que la pluspart ne doutèrent nullement qu’il ne fût l’un des premiers de Rome et des plus proches parens de sa sainteté. En effet, on n’eût presque scu mieux régaler le légat, s’il fût venu en personne. »