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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/221

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LES
MARBRES D'ELEUSIS



En parlant tout récemment ici de cet ancien art grec si longtemps méconnu et comme retrouvé de notre temps dans sa patrie devenue libre [1], en rappelant que cette noble terre avait encore bien des secrets à nous dire, bien des trésors à révéler, j’étais loin de m’attendre qu’au bout de quelques jours une preuve nouvelle et des plus éclatantes justifierait ces prévisions.

Pendant son dernier séjour à Athènes, peu de temps avant cette fatale maladie qui devait l’emporter, M. Charles Lenormant apprit qu’à Eleusis, en creusant les fondations d’une maison d’école, on venait de découvrir un bas-relief d’une rare beauté. Le marbre n’en était pas intact : il s’était divisé en quatre fragmens ; mais les morceaux se rapportaient avec exactitude, rien n’y manquait. Un peu plus loin, toujours à Eleusis, on avait retrouvé dans la maçonnerie d’un vieux mur une tête d’homme colossale, travail hardi et plein de feu. M. Lenormant vit ces sculptures et aussitôt sollicita du gouvernement grec la permission de les faire mouler et d’en envoyer les bons creux à notre École des Beaux-Arts. La demande fut accueillie et le travail exécuté. Ces creux, récemment arrivés à Paris, ont produit des épreuves que quelques personnes ont déjà vues, et qui bientôt, j’espère, seront publiquement exposées.

Je ne crois pas que le sol de la Grèce, depuis son affranchissement, nous ait encore rien révélé de comparable à ces sculptures. 3e n’excepte pas même les délicieux fragmens du temple de la Victoire aptère, car on sait en quel état de mutilation ils nous sont

  1. Voyez la Revue du 1er février.