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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/165

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LES
DEUX COUPS DE FEU
RECIT DU BAS-ANJOU



I

Un dimanche soir, vers la mi-novembre de l’année 1831, toute la famille des fermiers de La Tremblaye se trouvant réunie autour du foyer, la grand’mère tira de son bahut un gros paquet de fil fin qu’elle avait filé au rouet pendant les veillées d’automne, et, se tournant vers ses petits-fils : — Les gars, leur dit-elle, vous devriez bien aller porter ce fil-là chez le tisserand Jagut, le petit bossu du village des Brandes.

Les trois enfans, qui épluchaient des châtaignes devant un bon feu, accueillirent par un profond silence la proposition de leur aïeule. — Allons, dit le père, partez et soyez obéissans. Il n’y a guère loin d’ici aux Brandes, il ne fait point froid ce soir, et depuis que le soleil est couché, il ne tombe plus de pluie.

L’aîné des trois enfans, René, qui avait quinze ans, se leva d’assez mauvaise grâce ; Pierre, le cadet, se mit en devoir de l’accompagner ; enfin Jean, le plus jeune, voyant ses deux aînés prêts à partir et déjà sur le seuil du logis, courut précipitamment se joindre à eux. Une fois dehors, les trois frères sifflèrent leur chien ; mais, contre leur attente, l’animal ne répondit point à l’appel. Françoise, leur grande sœur, l’avait enfermé dans l’étable aux vaches. Un peu déconcertés de se mettre en route à pareille heure sans être escortés