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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/147

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Il n’y avait pas alors deux ans que le nouvel élu, discutant dans la Revue d’Edimbourg les propositions d’une commission d’enquête pour la réforme des universités écossaises, avait, des trois modes de nomination des titulaires aux chaires établies, par la couronne, par les professeurs, par les villes, consenti à regarder le troisième comme relativement le meilleur, en exprimant l’espoir que les magistrats municipaux, reconnaissant leur évidente incapacité pour l’acquittement de cette fonction, s’en démettraient aux mains d’un bureau permanent, très peu nombreux et spécialement chargé de veiller au bien et au progrès de l’enseignement. Mais, hélas ! ces mots entre crochets sont la seule addition que Hamilton ait faite au texte de son article, en le réimprimant en 1851 ; dans ses annotations ainsi que dans l’appendice ajouté à une seconde édition, il soulagea son cœur sur les élections académiques de la municipalité d’Edimbourg, il constata que malgré la réforme légale de la corporation, on n’avait profité de l’abolition des tests que pour établir la prépondérance avouée de l’esprit de secte dans toute nomination universitaire. « Ainsi, dit-il, dans ses derniers actes, le patronage académique d’Edimbourg a fini par atteindre le point le plus bas de son déclin. Les partis religieux concourent à présent avec les corrupteurs séculiers pour gagner l’incompétent électeur à la violation de ses devoirs. » En aucune occasion du reste, sir William ne s’est montré un juge fort indulgent du savoir et de l’esprit des gens d’église. Sa foi était au-dessus du soupçon, l’orthodoxie parfaite est un des caractères de sa philosophie ; mais l’inflexible logicien faisait peu d’estime des controverses théologiques. Une fois même il poussa l’audace jusqu’à peu ménager le docteur Luther, ce qui lui attira une réfutation, assez forte, je l’avoue, dans sa prolixité, de l’archidiacre Julius Hare. Laissons la théologie.

Il fut un professeur puissant. L’art d’exposer clairement et agréablement de sages ou plausibles doctrines ne lui paraissait pas constituer tout renseignement. Il pensait avoir charge d’âmes, et il portait dans sa classe, avec tout son esprit, tout son caractère. Il aspirait moins au succès qu’à l’influence, et il voulait que la philosophie devînt la meilleure discipline pour les esprits, en leur donnant toutes les qualités qu’elle réclame pour elle-même. Ceux qu’elle instruit doivent s’égaler à elle, et à lire tout ce qu’ont écrit les disciples de Hamilton, on demeure convaincu qu’il a été pour eux, dans toute la dignité du mot, un maître.

On sera peut-être curieux de voir comment se pratique en fait et en droit l’enseignement dans l’université d’Edimbourg, et comment Hamilton s’acquitta de celui qui lui avait été confié. Il arrivait à ses nouvelles fonctions avec des principes arrêtés, rendus publics, et