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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/142

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extra, et que de manière ou autre il avait lu par procureur. Or, en pareil cas, nous savons tous de quel côté s’adresse un homme pour demander secours, et qui est-ce qu’il appelle lorsqu’il désire, comme le docteur Faust, lire plus de livres qu’il n’appartient à sa part de cette vie. J’espère sincèrement qu’il n’y avait nulle. vérité dans ces insinuations, car outre qu’il serait désagréable d’avoir un parasite du genre de Méphistophélès, s’attendant à recevoir un billet toutes les fois que vous donnez un petit bal, je ne pourrais, quant à moi, avoir aucune confiance dans son exactitude comme lecteur. La vérité cependant m’oblige à reconnaître qu’une fois sir William avait un gros chien dans la Great-King-Street d’Edimbourg, répondant très bien à la description du chien que Goethe, et du moins un de nos vieux dramatistes du règne d’Elisabeth, attribue au pauvre docteur Faust. À la vérité, ce ne pouvait être identiquement le même chien, figurant une première fois à Francfort pendant le XVe siècle, et puis à Edimbourg dans le XIXe…

« Un matin j’étais assis seul après mon de jeuner, lorsque Wilson entra tout à coup avec son ami. Sir William était si parfaitement exempt de toute ostentation de savoir, qu’à moins que les hasards de la conversation ne fournissent une occasion si naturelle d’en faire preuve, qu’il y aurait eu affectation à l’éviter, vous auriez bien pu ne vous douter aucunement qu’un extraordinaire scolar fût devant vous. À cette première entrevue, je ne remarquai rien qui provoquât une attention spéciale, hormis une expression non commune d’obligeance et de cordialité dans son abord. Il y avait aussi un air de dignité et une forte confiance en lui-même répandue dans toute sa manière, mais trop tranquille et trop dénuée d’affectation pour qu’on pût douter qu’elle ne s’exhalât spontanément de sa nature, cependant trop peu présomptueuse pour mortifier les prétentions d’autrui. Les hommes de génie et les hommes distingués pour leurs talens, qui choquaient tout le monde, particulièrement moi, si nerveusement susceptible, faisaient l’horreur et le désespoir des gens, en tâchant sans relâche et presque avec humeur de prendre la part dominante dans la conversation. J’en ai connu qui s’emparaient réellement à peu près de la conversation tout entière, sans s’apercevoir distinctement de ce qu’ils faisaient… Chez sir William Hamilton, d’ailleurs, il y avait une apparente négligence, peu soucieuse de prendre une part considérable ou nulle à l’entretien. Il est possible que, comme représentant d’une ancienne famille, il ait secrètement senti sa position dans la vie beaucoup moins dans le sens des avantages qu’elle offrait que des obligations et des gênes qu’elle imposait. Et en somme ma conclusion fut que j’avais rarement vu une personne qui manifestât moins d’estime pour soi-même sous aucune des formes ordinaires qui révèlent ce sentiment, soit orgueil, soit vanité, soit enflure arrogante, soit glaciale réserve. »


Il est impossible, en lisant seulement les ouvrages de Hamilton, de lui délivrer un brevet d’humilité, et la modestie n’était pas le trait saillant de son caractère ; mais on aime à voir, par le témoignage d’un appréciateur difficile et ombrageux, qu’il possédait ce qui rachète tout en fait de bonne opinion, la simplicité. Il ne doutait point de lui, il en doutait si peu, qu’il n’avait nul besoin de fatiguer