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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/122

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âna n’est pas un composé, et il échappe à toute conception. — Ce n’est ni la destruction ni la mort, parce que si c’était la mort, après lui reviendrait la chaîne des renaissances, et si c’était la destruction, il tomberait sous la définition d’un être composé. »

On peut donc croire que, dans la pensée de Çâkyamouni, nirvâna n’a pas été synonyme d’anéantissement de l’âme. Il y a d’ailleurs dans ces esprits hindous de telles subtilités, que souvent ils s’arrêtent à des nuances presque insaisissables. C’est ainsi que dans l’extinction d’une lampe, à laquelle le nirvâna est souvent comparé, ce n’est pas la flamme qui est anéantie, mais la cause, c’est-à-dire l’huile. Quant à la flamme, qui tendait à s’échapper en voltigeant au-dessus de la mèche, elle est simplement affranchie. En conduisant le nirvâna au-delà des dernières limites de l’extase, c’est-à-dire de l’état qui, dans les conditions de notre existence, détache le plus l’âme du corps, il est probable que le Bouddha prétendait mener celle-ci à un état indéfinissable, mais supérieur, affranchissement des derniers liens de la matière, où cesse l’ignorance, selon lui cause première de tous les maux. On ne peut guère expliquer autrement la pensée de Çâkyamouni ; mais comme il n’a rien défini, et que l’état vague auquel il voulait conduire l’âme devait être le plus souvent incompréhensible pour l’esprit du vulgaire, comme il a supprimé la notion de Dieu et remplacé l’activité, première loi de la vie humaine, par la contemplation, ce qui pour beaucoup voulait dire inertie, il ne devait ni élever le cœur ni animer l’esprit, et il n’est pas étonnant que des sectes détachées de la sienne, poussant quelques-unes de ses spéculations à leur dernière conséquence, aient bientôt nié la réalité du sujet pensant aussi bien que des objets pensés, et prétendu qu’il n’y avait ni sauveur, ni sauvés, ni salut. Tel est le point de départ et le fonds primitif de la doctrine de Çâkyamouni. Ces explications nous ont semblé nécessaires pour bien faire comprendre la deuxième partie de sa vie, celle où d’ascète il est devenu Bouddha.

Lorsqu’il se jugea en pleine possession de la vérité, Çâkyamouni se donna pour tâche d’en répandre la connaissance. Toutefois ce ne fut pas sans quelques luttes intérieures qu’il abandonna sa vie de contemplation et d’extase pour entrer dans cette voie nouvelle. « La loi qui vient de moi, disait-il, est profonde, lumineuse, déliée, difficile à comprendre ; elle échappe à l’examen, elle est hors de la portée du raisonnement, accessible seulement aux savans et aux sages ; elle est en opposition avec tous les mondes… Si j’enseigne cette loi, les autres êtres ne la comprendront pas ; elle peut m’exposer à leurs insultes. » Par trois fois il fut ainsi tenté de garder pour lui seul le secret de la délivrance ; mais enfin, pris de pitié pour