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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/11

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Soit défaut de prévoyance, soit manque de moyens, le général de Charles-Quint et de la ligue italienne avait faiblement mis la Lombardie en état de défense. Ne se sentant point en mesure de disputer à l’armée française la partie du Milanais qui s’étendait à la droite du Tessin, il l’avait fait évacuer par les troupes qui occupaient Asti, Alexandrie et Novare [1], et il s’était posté, avec son artillerie et une douzaine de mille hommes, sur les bords de cette rivière dans le dessein d’en empêcher le passage et de couvrir le reste de la Lombardie [2]. Il croyait pouvoir garder la rive gauche du Tessin contre les Français, qui n’avaient ni ville ni pont pour y aborder ; mais depuis deux mois et demi il n’avait pas plu : le fleuve, ordinairement large et profond, n’avait presque pas d’eau, et se trouvait guéable sur plusieurs points. Arrivés à Vigevano, les Français commencèrent à le traverser, et Prospero Colonna, comprenant qu’il n’y avait aucun moyen d’arrêter leur marche et qu’ils seraient bientôt plus nombreux et plus forts que lui du côté qu’il occupait, se replia en toute hâte sur Milan. Il y rentra avec sa petite armée, que ce mouvement de retraite avait affaiblie presque autant qu’une défaite, et qui trouva dans la ville un découragement semblable à celui qu’elle y portait.

La capitale du duché, que Prospero Colonna n’avait pas pu couvrir, ne semblait pas pouvoir être défendue. Cette grande ville était ouverte sur plusieurs points. Les ouvrages en terre qui y avaient été faits précédemment n’avaient pas été entretenus. Prospero Colonna, croyant que Bonnivet s’avançait à marches forcées avec une armée supérieure et irrésistible, était disposé à évacuer Milan, d’où Francesco Sforza se préparait aussi à sortir. On avait déjà chargé les bagages, et les habitans se lamentaient de perdre leur duc national et de retomber sous la domination française, lorsqu’on apprit que Bonnivet s’était arrêté sur le Tessin. Au lieu de pousser en avant et de prendre ce que les impériaux étaient décidés à ne pas lui disputer, le trop prudent Bonnivet resta plusieurs jours immobile. Il laissa des garnisons dans les principales places abandonnées à la droite du Tessin, établit un pont à Vigevano, et ne reprit sa marche, inhabilement suspendue, qu’après avoir réuni toute son armée [3]. Prospero Colonna et Francesco Sforza profitèrent de cette faute et se servirent de ce délai pour se raffermir dans Milan, qu’ils mirent à l’abri d’une attaque. On travailla jour et nuit à relever les parties

  1. Du Bellay, etc., vol VII, p. 426, 428. — Galeazzo Capolla, Delle cose fatte per la restituzione di Francesco Sforza, etc., lib. III. — Guicciardini, Iib. XV.
  2. Cronica milanese di Gianmarco Burigozso merzaro, dal 1500 al 1544 ; — dans l’Archivio stlorico Italiano, vol. III, p. 411. — Galeazzo Capella, lib. III.
  3. Du Bellay, ibid, p. 427, 428. — Burigozzo, ibid., p. 441. — Guicciardini, lib. XV.