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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/101

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Grand n’était pas mort tout entier, et que la France était en état de lui donner une nouvelle leçon. L’affaire de La Rochelle à peine terminée, Richelieu s’occupa sérieusement de celle d’Italie, et jamais il ne fit mieux paraître son génie politique, la fermeté de son caractère, l’énergie et la sincérité de son patriotisme. Il avait le plus grand intérêt à ménager la reine-mère, Marie de Médicis, à laquelle il devait tout, et qui, ainsi que la reine Anne, était fort opposée à une guerre avec l’Espagne. Le cardinal de Bérulle, qui avait pris de l’autorité dans le conseil du roi, faisait cause commune avec Marie de Médicis. Il trouvait presque impie de se brouiller avec sa majesté catholique, et aurait voulu que le roi de France et son ministre ne se proposassent d’autre objet que de convertir et de dompter les protestans. Il ouvrit l’avis de mener l’armée royale victorieuse contre les huguenots du midi. Richelieu voulait aussi ce que désirait si ardemment Bérulle, mais il le voulait en temps utile. Il fallait aller au plus pressé : un peu plus tard, on soumettrait Montauban et les autres villes calvinistes, comme on avait soumis La Rochelle ; mais il importait avant tout d’arrêter les progrès de l’Autriche en Italie, et d’établir bien haut en Europe qu’un allié de la France est toujours sûr d’être secouru. Au risque donc de se perdre dans l’esprit de la reine-mère, encore si puissante sur celui de son fils, le cardinal exhorta Louis XIII à ne point abandonner les desseins d’Henri IV. Louis XIII était fait pour entendre Richelieu, et, en dépit des efforts de Marie de Médicis et des prières du bonhomme de Bérulle, une lettre royale, partie de Paris le 26 décembre 1628 et adressée au brave Guron, remerciait Casal de son héroïque défense, et lui annonçait de très prochains effets de la protection du roi. Ils ne se firent pas attendre. Dès les premiers jours de l’année 1629, dans le cœur même de l’hiver, l’armée française s’avança à grands pas du côté de la Savoie. Louis XIII y était en personne, et Richelieu l’accompagnait. Le duc de Savoie, sommé de laisser passer l’armée, répondit en termes ambigu ne cherchant qu’à donner à don Gonzalès le temps d’emporter Casal, réduite aux dernières extrémités, et à se donner à lui-même celui de hérisser les chemins des Alpes de barricades et de retranchemens. Il envoya à la rencontre des Français son fils Victor-Amédée, qui avait épousé une sœur de Louis XIII, Chrétienne de France, plus tard si célèbre sous le nom de Madame Royale. Le prince eut une longue conférence avec Richelieu ; il déclara que les propositions du cardinal lui semblaient si raisonnables, qu’il ne doutait point que son père ne les acceptât, et il promit de revenir le lendemain apporter son consentement. Le lendemain, il ne revint point : il se contenta d’envoyer un courrier pour faire ses excuses, et à sa place le comte de Verrue se présenta pour expliquer