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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/1006

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présente, au point de vue italien, s’est concentré depuis quelques jours sur le travail révolutionnaire qui semble se poursuivre ou se préparer dans le royaume des Deux-Siciles, et sur les interpellations adressées par le général Garibaldi à M. de Cavour à propos de l’annexion de Nice. Nous nous refusons à croire ce que l’on raconte à Turin touchant l’organisation, les moyens d’action et les forces de la révolution dans le royaume de Naples et en Sicile. Suivant certaines correspondances, tout serait organisé en Sicile, et il ne resterait plus à nous ne savons quel comité directeur qu’à donner le signal. Les Italiens ont beaucoup fait au moyen des sociétés secrètes ; ils s’adaptent avec une merveilleuse docilité à la discipline de ces associations, plus formidables encore par le mystère que par leurs forces réelles. Il en est qui croient qu’elles auront sur les destinées futures des Deux-Siciles une influence semblable à celle qu’elles ont pu exercer dans l’Italie centrale ; mais les chefs du mouvement italien ne nous ont jamais semblé partager cette illusion : ils ont peu de foi dans l’émancipation libérale de Naples. Nous comprenons même que des Napolitains partisans de l’unité italienne, après avoir perdu l’occasion de l’année dernière, désespèrent de voir s’accomplir désormais l’union de l’Italie du sud à l’Italie du nord. La Sicile possède assurément des élémens plus énergiques de révolte. Il y a eu, en dépit des démentis, un mouvement à Messine aussi bien qu’à Palerme. Ces émeutes comprimées dans les villes ont-elles eu un retentissement dans les campagnes ? On est réduit à l’ignorer par la vigilance avec laquelle le gouvernement napolitain intercepte toutes les informations qui pourraient venir de Sicile. Il est permis de le croire, quand on connaît la haine que les paysans siciliens portent aux Napolitains et la facilité avec laquelle ils prennent part aux insurrections qui viennent donner satisfaction à leur antipathie nationale. Quoi qu’il en soit, à l’heure qu’il est, le roi de Naples, si nous ne nous trompons, est protégé d’une façon plaisante par les défiances que nourrissent l’une contre l’autre les puissances qu’il considère comme ses adversaires naturels. Ni la France, ni l’Angleterre, ni à plus forte raison le Piémont, ne peuvent passer pour de cordiaux amis de la cour de Naples ; mais l’on assure que chacune de ces trois puissances redoute qu’une révolution à Naples ne servît les desseins qu’à tort ou à raison elle attribue à l’une des deux autres. De la sorte il paraîtrait que le roi de Naples serait averti et mis en garde contre toute fausse démarche qu’il serait prêt à commettre, avec une assiduité et une vigilance remarquables, par la diplomatie de chacune des trois puissances. Le jeune roi de Naples serait homme à profiter de l’utile émulation de sollicitude dont il est l’objet, si en effet, contrairement aux projets qu’on lui a souvent attribués d’envoyer des troupes dans les États-Romains, il avait déclaré nettement dès le principe qu’il ne sortirait pas de ses états, et qu’il ne voulait point faire la faute que les Autrichiens ont commise l’année dernière en passant le Tessin et en prenant l’initiative de l’attitude agressive.