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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/10

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vingt-cinq mille hommes de pied tirés des cantons suisses, du duché de Lorraine, du duché de Gueldre, des provinces les plus belliqueuses de la France, et de quelques petits états d’Italie [1]. Les chefs des divers corps étaient célèbres par leur expérience comme par leur bravoure. Parmi eux se trouvaient Bayard, devenu un homme de guerre consommé ; l’intrépide Jean de Chabannes, seigneur de Vandenesse, frère du maréchal de La Palisse, qui était le digne compagnon de Bayard et partageait son héroïsme ; le capitaine de Lorges, un des meilleurs conducteurs de bandes ; le comte de Saint-Paul, frère cadet du duc de Bourbon-Vendôme ; le Suisse Jean de Diesbach ; les Italiens Federico da Bozzolo, de la maison de Gonzague, et Renzo da Ceri, de la maison des Orsini. Commandée par un habile général, cette armée aurait pu remporter en peu de temps des avantages décisifs ; mais la faveur de François Ier avait mis à sa tête l’amiral Bonnivet, auquel la prise de Fontarabie, en 1521, avait valu une réputation militaire. Courageux sans être capable, présomptueux plus que résolu, Bonnivet descendit, avec son armée, la plaine du Piémont, et parut le 14 septembre sur les bords du Tessin, après s’être aisément rendu maître de toute la partie du duché de Milan située à la droite de ce fleuve.

Prospero Colonna commandait toujours les troupes impériales, qu’il avait jusque-là rendues victorieuses. Seulement ces troupes étaient réduites en nombre, et lui-même, vieux et affaibli, ressentait les mortelles atteintes de la maladie à laquelle il succomba trois mois après. Il n’avait plus à côté de lui l’habile et hardi marquis de Pescara, dont l’ascendant était sans bornes sur les soldats de sa nation, qui le suivaient avec confiance partout, parce qu’ils n’avaient jamais, sous ses ordres, rencontré d’échec nulle part. Le fier Espagnol n’avait pas pu s’entendre avec l’impérieux Italien. Indépendant de caractère, il ne voulait pas se plier à l’autorité d’un chef, et il s’était retiré, aimant mieux être inactif que subordonné, ne gagner aucune gloire que de l’acquérir pour autrui. Si Prospero Colonna était privé de cet incommode, mais incomparable auxiliaire, il lui restait deux Espagnols qui avaient autant de valeur et d’opiniâtreté qu’il avait lui-même de capacité et de science militaires, les capitaines Alarcon et Antonio de Leyva, ainsi qu’un chef de bandes italien, Jean de Médicis, qui, sans égaler Pescara, se rapprochait beaucoup de lui par la fertilité des expédiens et l’heureuse audace des entreprises.

  1. Mémoires de Martin Du Bellay ; collection Petitot, vol. XVII, p. 423 et 424. Guichardin la présente comme un peu plus forte. L’armée de Bonnivet se composait, selon lui, de « mille ottocento lance, seimila Suizzeri, due mile Grigioni, seimile Fanti tedeschi, dodicimile Franzesi, e tremilo Italiani. » Guicc, lib. XV.