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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 janvier 1860.

Si nous étions vains (nous ne disons pas orgueilleux), nous nous applaudirions à cœur-joie de ce qui s’est passé depuis quinze jours. La politique des préliminaires de Villafranca, qui, dès le premier moment, nous avait paru d’une exécution impossible, est abandonnée. Nous avions été trouvés téméraires pour avoir osé en signaler les contradictions et les inconséquences dans le plus énergique manifeste de cette politique, — la note du Moniteur du 9 septembre. Nous attaquer au Moniteur, qui nous menaçait de ne plus faire la guerre pour une idée ! Ne pas même se laisser convaincre par la lettre de l’empereur au roi de Sardaigne, cet effort héroïque et suprême où les arrangemens de Villafranca étaient si chaudement recommandés à l’Italie, et où on lisait ces mots : « Il était nécessaire de conclure un traité qui assurât autant que possible l’indépendance de l’Italie, et qui pût satisfaire le Piémont et les vœux des populations, sans pour cela blesser le sentiment catholique ou le droit des souverains auxquels s’intéressait l’Europe ! » Ne pas se rendre à cette adjuration sévère contenue dans la même lettre : « Il est de l’intérêt de votre majesté et de la péninsule de me seconder dans le développement de ce plan, afin qu’il produise les meilleurs résultats possibles, car votre majesté ne saurait oublier que je suis lié par le traité, et je ne puis, dans le congrès qui est sur le point de s’ouvrir, me soustraire à mes engagemens. Le rôle de la France est tracé d’avance… » Oser douter que des intentions si sincères et des déclarations si nettes pussent empêcher les principes posés d’enfanter leurs conséquences naturelles, quelle audace ! L’on voit maintenant que semblable audace ne porte pas toujours malheur. Il paraît que les vœux des populations italiennes ont pour le moment plus de chance d’être satisfaits que le sentiment catholique ou les droits des princes auxquels s’intéressait l’Europe. Nous ne savons s’il y aura un congrès ; mais, s’il y en a un, comme nous ne pouvons nous