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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/998

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L’innovation lui semble un sacrilège, et e’est elle qui a mis en défaveur dans notre langue le mot de nouveauté. Certains hommes croient avoir tout dit lorsqu’ils ont flétri du nom de nouveautés impies ou audacieuses les conceptions les plus élevées de l’esprit et de l’imagination.

L’Université a continué de nos jours la tradition d’une littérature qui nous a été léguée par le clergé de l’ancien régime. Tout membre de l’Université est naturellement écrivain en vertu même des fonctions qu’il exerce et des : devoirs qui lui sont imposés. Depuis la restauration jusqu’à nos jours, il est sorti sans relâche de cette institution célèbre une foule de bons esprits moins brillans que sensés et plus instruits qu’inventifs, mais souvent ingénieux et toujours laborieux et honnêtes. On leur doit un nombre incalculable de livres excellens, histoires, traités de philosophie, monographies, traductions, dont nous tous, ingrats et paresseux que nous sommes, avons profité et profitons chaque jour, sans songer à remercier ceux qui nous ont fait ces utiles présens. Je ne sais pas si, comme on le lui a reproche, le niveau des études a baissé sous l’influence de l’Université ; ce que je sais avec certitude, et ce que tous les hommes éclairés reconnaîtront, avec moi, c’est que l’élite du professorat français a beaucoup fait pour entretenir le mouvement de la vie morale en France, pour exciter les plus généreuses aspirations intellectuelles, pour maintenir les notions essentielles de morale et de justice générales, sans lesquelles il n’est pas d’état qui vaille la peine d’être habité. Plus d’une fois les membres de l’Université ont donné aux nouvelles générations l’exemple d’un dévouement sans emphase, et consenti, abnégation qu’on ne saurait se lasser d’admirer, à être dupes de leurs convictions. Qu’on dise tout ce qu’on voudra contre la littérature universitaire, il n’en est pas moins vrai qu’elle a puissamment contribué à maintenir le goût des choses de l’intelligence, et que si l’esprit a encore parmi nous quelques adorateurs et conserve quelques vestiges du culte splendide qu’il obtint jadis en France, c’est à l’Université que nous le devons. L’Université n’a point créé sans doute parmi nous une vie morale nouvelle, elle n’a pas accompli de révolutions dans le domaine de l’esprit, elle ne s’est pas signalée par de grandes initiatives, non, mais elle a conservé ce qui existait parmi nous de vie morale, elle a défendu les révolutions irrévocablement accomplies, elle a expliqué de son mieux les inventions qu’elle n’a point faites. Les esprits inventifs, ceux qui ouvrent de nouvelles sources d’émotion et de pensée, sont rares en tout temps et en tout pays, et si les nattions ne devaient compter que sur eux, il y aurait de fréquentes lacunes dans la vie intellectuelle des peuples. Tel est en général le