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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/958

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à Urbain qu’elle exceptée, nulle femme dans le pays n’avait reçu l’éducation nécessaire pour le comprendre et sympathiser avec lui, elle parla du projet de transférer l’école des garçons à Balaruc-les-Bains. La sœur, trouvant que c’était au jeune homme à tirer la conclusion de ces confidences, baissa pudiquement ses yeux éraillés, comme pour attendre sa réponse.

Urbain était à cent lieues de supposer que la vieille fille pensât à se marier, et surtout avec lui, qui aurait pu être son fils ; il se méprit donc complètement sur ses intentions. Touché de ce qu’elle prenait ainsi ses intérêts et faisait ses efforts pour le soustraire au triste séjour du vieux Balaruc et aux sermons du capélan, doublement heureux d’un changement qui le rapprocherait de Catha, le panar remercia avec effusion la sœur, et accueillit avec joie le projet de la translation de son école à Balaruc-les-Bains.

Ce petit quiproquo se passait à la porte de l’église par une belle matinée d’automne. Le curé, à cause des travaux de la vendange, n’avait dit qu’une messe basse, et Mlle Ambroisine, ne voulant pas laisser refroidir le feu du Franciman, lui proposa, en sortant de l’office, une promenade à une ruine célèbre du pays, l’abbaye de Vallemagne. La sœur espérait que cette journée tiède et calme, la vue de la nature et l’abandon d’une causerie affectueuse, amèneraient Urbain à lui dévoiler des sentimens dont la timidité seule avait sans doute retenu l’aveu sur ses lèvres.

Cependant, comme la vieille fille se piquait d’un grand respect pour les convenances, elle voulut se faire accompagner par Catha. En regardant les membres grêles et allongés de la pauvre Clavelette sortir de sa petite robe brune comme d’une prison trop étroite, ses cheveux frisottans sur son pâle front, ses yeux bleus entourés d’un cercle bistré, Mlle Ambroisine se dit que cette chétive créature ne pouvait guère lui porter ombrage, et elle jouit d’un double triomphe à l’idée de se faire suivre de cette rivale délaissée.

On devait partir à midi, et pendant que Mlle Ambroisine s’occupait de préparer un goûter pour l’emporter à l’abbaye de Vallemagne, le panar alla chez le verrotier choisir quelques bijoux qu’il trouvait convenable d’offrir à la sœur en échange de ses politesses.

Les bijoux en verroterie sont restés longtemps le monopole de Balaruc-les-Bains. Garçons et filles venaient de bien loin choisir dans le petit antre du fabricant villageois des épingles et des anneaux de verre surmontés d’oiseaux ou entourés d’une légende d’amour. Ces fragiles souvenirs, que le plus pauvre pouvait donner à sa promise, causaient plus de regrets que de bonheur, car ils se brisaient au moindre choc, comme un triste augure de la courte durée des amours qui les avaient fait naître. D’ordinaire c’était devant l’acheteur que le verrotier fabriquait ses anneaux ; on les lui demandait