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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/950

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La jeune fille avoua naïvement au panar qu’après s’être mise en route un soir pour aller se confesser à Balaruc-le-Vieux, la vue de la campagne l’avait émue à un tel point qu’elle s’était agenouillée au milieu de l’allée déserte des broussonnetias, et que l’heure promise à l’abbé Tabourel s’était écoulée dans les garrigues. — C’était la première fois, dit-elle, que je pouvais admirer les nuages courant dans le ciel, les arbres agitant leurs feuilles, les oiseaux volant dans les airs : il me semblait que mon âme devenait meilleure ; mais vous direz au capélan que je suis prête à subir la punition qu’il voudra bien m’infliger, et qu’à l’avenir j’irai tout droit devant moi sans m’arrêter en chemin.

Urbain regrettait déjà vivement d’avoir attristé la jeune fille. Abandonnant son rôle de pédagogue, il la consola bien vite en lui promettant de la faire rentrer dans les bonnes grâces du curé.

Le panar comptait ne rester que quelques instans auprès de la Clavelette ; il passa plus d’une heure à recueillir les innocentes confidences de la pauvre enfant, qui ne trouva d’autre moyen pour se justifier que de raconter sa vie de souffrances et d’isolement. Toute petite, elle avait voulu s’attacher aux sœurs de l’hospice de Montpellier ; mais les religieuses avaient repoussé ses caresses : pour la distinguer de ses compagnes, elles avaient remplacé le nom de Catherine brodé sur ses langes, le nom de sa mère peut-être, par le diminutif de Catha. La naturelle avait cherché à se faire aimer des autres enfans recueillies dans l’hospice, mais celles-ci n’avaient voulu l’associer qu’à leurs haines, à leurs jalousies ; elle s’était alors repliée sur elle-même. Sortie de ce triste asile, elle avait cru pouvoir chérir Mlle Ambroisine comme une mère. Cette dernière illusion, hélas ! avait été promptement déçue. Où donc la pauvre âme allait-elle placer son affection en ce monde ? C’était en un pareil moment que le hasard avait envoyé Urbain sur sa route. Les deux jeunes gens souffraient de la même douleur, ils se comprirent bientôt, et le jour baissait quand ils se dirent adieu.

Urbain rencontra de nouveau le curé dans l’allée des broussonnetias, il essaya d’intercéder en faveur de la naturelle, mais quelques sèches paroles du prêtre lui imposèrent silence. Il ne lui restait qu’à se rendre à son nouveau gîte, chez le précom : Il était déjà sur la route de la masure ruinée du marin, quand il vit celui-ci venir à sa rencontre. Avant de conduire le Franciman à son pauvre réduit, Picouline devait aller allumer le phare de Roquerol ; Urbain désira l’accompagner.

Roquerol n’est qu’un rocher escarpé, qui s’élève au point de jonction de l’étang de l’Angle avec l’étang de Thau. C’est un assez dangereux parage, et le petit phare placé tout au sommet du rocher