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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/940

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LE FRANCIMAN
SCENES ET SOUVENIRS DU BAS-LANGUEDOC.



I

Un soir d’hiver de l’année 18.., la massive voiture chargée du transport quotidien des voyageurs entre Montpellier et Béziers s’arrêtait à moitié route entre ces deux villes, à la montée de Crève-Chevaux. Un jeune homme descendit de l’impériale et demanda le chemin de Balaruc-le-Vieux. — Balaruc-le-Vieux ! répondit le conducteur en montrant un sentier avec son fouet ; il n’y a pas deux Balaruc sur le truc [1]. Faites une centaine de pas, et lorsque vous verrez un amas de vieilles pierres au haut d’une colline, vous pourrez dire : C’est là !

Le jeune homme, s’étant mis en marche, aperçut bientôt un village qui se dressait au sommet d’un agreste coteau et détachait sa noire silhouette sur le ciel : c’était Balaruc-le-Vieux. Une baie l’entourait de ses eaux paisibles, la baie de l’Angle, formée par l’étang de Thau. Au bord du chemin, une nappe de sombre verdure s’étalait en amphithéâtre : c’était le cimetière, dont les tombes blanches, éclairées par la lune, ressemblaient à des larmes d’argent semées sur un drap mortuaire. D’un côté, ce champ de la mort étendu sur la pente de la colline, de l’autre la baie de l’Angle, froide et morne comme un rempart de glace, semblaient séparer Balaruc des joies de ce monde. Le village paraissait abandonné : les cheminées étaient sans fumée, les rues silencieuses, les portes closes, la place solitaire ;

  1. Monticule.