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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/938

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céréales relevaient de l’échelle mobile. Pour les fers, c’était 44 fr. par tonne contre 206 ; pour l’acier, 99 fr. contre 1,320 fr., et ainsi du reste. Somme toute, l’ancien empire s’était montré en matière de douanes plus libéral que le nouveau, et s’il avait à sa charge les violences du blocus continental, il fallait se souvenir que ce blocus était une machine de guerre, de l’aveu même du chef de l’ancien empire. Cette controverse, on le voit, avait, en partie du moins, le caractère d’un débat de famille, et peut-être les faits s’y adaptaient-ils trop aux besoins de la cause. Les économistes qui ont vécu de 1804 à 1814, notamment Jean-Baptiste Say, n’attribuent pas au régime qui était alors en vigueur un caractère si libéral, et quand on voudra en venir à une application sérieuse des principes économiques, c’est sur de meilleurs modèles qu’il conviendra de se régler.

L’intention et l’acte n’en sont pas moins louables. M. Michel Chevalier ne s’effaçait pas quand autour de lui on s’effaçait volontiers ; il défendait ses opinions par les argumens qui lui paraissaient le mieux appropriés, et il procédait à cette défense avec un certain éclat. Ce caractère se retrouve dans un vœu que, sous sa présidence, émet chaque année le conseil-général de l’Hérault, et qui, réduit à une forme de plus en plus substantielle, est devenu un véritable traité d’économie politique. Dans le conseil d’état, cette attitude ne s’est point démentie ; toutes les fois que la liberté y a été en jeu, dans la mesure où elle peut l’être, M. Michel Chevalier s’est rangé du côté de la liberté, se résignant, ce que peu d’hommes savent faire, au rôle de vaincu, et se privant de l’influence que lui eût value une conduite plus empreinte de calcul. Tout récemment, quand un débat a été engagé sur le régime des céréales, il s’est montré des plus ardens à demander que l’approvisionnement du pays fût mis à l’abri des dangers et des incertitudes de l’échelle mobile. Les lecteurs de ce recueil se souviennent de la solidité de sa démonstration, et surtout du courage avec lequel il dénonçait cette association pour la défense du travail national, à qui il a été donné, par une fortune singulière, de faire fléchir tous les gouvernemens. Au sujet de la levée des prohibitions, son langage n’a été ni moins fier, ni moins résolu. Il a prouvé sans réplique qu’aucune de nos industries n’a besoin de la prohibition pour vivre, que les plus caduques peuvent s’en passer, et que la France expédie au dehors, sur les marchés de libre concurrence, les articles même qui sont garantis chez elle par la prohibition, et dans quelles proportions, sur quelle échelle ? Pour une somme de 400 millions de francs ! Qu’opposer à ce chiffre, si ce n’est des manœuvres ? Et ces manœuvres, M. Michel Chevalier a eu le courage de les signaler ; il a dénoncé ce système de dénigrement dont on use vis-à-vis de ceux qui ne s’inclinent pas devant des pré-