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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/925

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Dunoyer fait à l’Académie des Sciences morales et politiques a fixé les termes et marqué les limites de cette réforme. Aujourd’hui encore, à propos de l’infection de la Tamise, les plaintes se reproduisent, et on convie l’état à des usurpations nouvelles ; on lui demande de moins se fier à la vigilance des corporations et des associations privées, et d’intervenir d’une manière plus vigoureuse dans des travaux qui importent à la salubrité de la métropole. En Amérique également, des voix se sont élevées contre l’impuissance du gouvernement fédéral dans les entreprises d’utilité commune ; on l’a montré comme plus disposé à jouir pour lui-même et pour ses amis du petit budget que le congrès lui alloue qu’à l’employer, fût-ce dans des proportions plus fortes, à des travaux qui assainiraient et enrichiraient le pays. M. Carey, entre autres, a mis une grande ardeur dans cet appel à l’intervention administrative. Il a insisté sur l’abandon dans lequel on laisse le régime des deux grands cours d’eau qui traversent l’Union, le Mississipi et l’Ohio, lesquels, livrés à eux-mêmes, tantôt sont à sec et tantôt inondent le pays, tandis qu’avec 10 ou 12 millions dépensés à propos on pourrait régler mieux leur débit et préserver la contrée des ravages annuels qu’ils y exercent. Ainsi des deux côtés de l’Atlantique le langage est le même : on y trouve l’état trop dépourvu et trop inactif ; on voudrait étendre à la fois ses attributions et sa responsabilité, mettre à sa disposition plus de ressources en lui laissant la faculté d’en diriger l’emploi.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces entraînemens de l’opinion. Ceux qui appellent de leurs vœux les servitudes administratives paraissent oublier que toutes les servitudes s’engendrent ; les exemples abondent pourtant. D’ailleurs ces pays, où l’autorité se montre si imprévoyante, n’en ont pas moins fait leur chemin et n’en sont pas à envier la fortune d’autrui. Dans la voie nouvelle où on veut les pousser, il y a en première ligne des sacrifices d’argent, par suite des impôts, et le premier calcul à faire serait de savoir si l’argent qu’on laisse dans les bourses particulières n’est pas mieux gouverné et ne profite pas plus que celui qu’on verse dans les coffres de l’état. On ne saurait évidemment enrichir celui-ci sans appauvrir ses contribuables, et lorsqu’on a donné à un gouvernement les moyens et le goût de la dépense, on ne peut pas l’arrêter quand on veut ni comme on veut. Pour toute dépense il faut un personnel, et lorsque ce personnel est créé, il faut qu’il vive. C’est ainsi que tout s’enchaîne et que de l’utile on est forcément conduit au fastueux. Pour l’Angleterre et l’Amérique du Nord, de pareils excès sont encore éloignés, et l’action administrative y a un champ très vaste avant d’arriver à l’abus : si elle allait trop loin, elle trouverait dans le tempérament des populations une résistance qui la main-