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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/914

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vaux s’emportèrent sans qu’il fût possible de les maîtriser. M. de Bourqueney s’élança le premier hors de la voiture et en fut quitte pour quelques contusions ; M. Michel Chevalier fut moins heureux : il tomba sur la tête et se fit une blessure qui le laissa pendant plusieurs jours entre la vie et la mort. Pour s’en remettre, il fallut un long traitement et un séjour de plusieurs mois dans le midi et aux eaux des Pyrénées. En fait de fonctions publiques, il n’avait encore que son grade d’ingénieur, et ne devait devenir ingénieur en chef qu’à quelques années de là, par suite d’un avancement régulier. En 1838 seulement, il fut nommé conseiller d’état en service extraordinaire, avec autorisation de participer aux travaux du conseil, puis, en 1840, membre du conseil supérieur du commerce. Cette période est celle où les idées de M. Michel Chevalier trouvèrent le plus de crédit auprès de l’administration. M. Molé, qui présidait le conseil des ministres, s’y montrait de plus en plus favorable, et la nature des travaux dont s’occupaient les chambres donnait un prix réel au concours d’un homme qui, aux connaissances techniques, joignait cette sûreté de coup d’œil qu’on acquiert par l’étude et la pratique des théories. On entrait dans la pénible campagne des chemins de fer par un plan vraiment étudié, et qui échoua devant une coalition politique ; on s’occupait des questions de crédit, et des réformes importantes auraient eu lieu sans la résistance de la Banque de France, plus sensible à sa convenance particulière qu’à la convenance publique. On songeait aussi à l’enseignement professionnel, et sur ce point du moins il y eut un pas de fait. M. Michel Chevalier avait été frappé à Lyon de la supériorité des méthodes d’enseignement qui étaient en vigueur à l’école de La Martinière, établissement créé en vue de l’instruction des ouvriers. Il en signala les avantages au gouvernement, et une commission fut nommée pour examiner si une organisation analogue pourrait être appliquée au Conservatoire des Arts et Métiers de Paris. Le ministre du commerce, M. Martin (du Nord), la présidait en personne. Le directeur de La Martinière, M. Tabareau, auteur de la méthode, y fut appelé avec M. Michel Chevalier, qui l’avait recommandée. C’était une expérience faite de bonne foi ; aussi aboutit-elle promptement, et un rapport au roi, du 23 décembre 1838, proposa la création d’une école de quatre cents enfans de la classe ouvrière comme annexe du Conservatoire des Arts et Métiers. La chute du cabinet de M. Molé, qui eut lieu à quelques mois de là, empêcha seule l’exécution de ce projet, qui depuis lors reste enseveli, avec beaucoup d’autres, dans la poussière des cartons administratifs.

Ces travaux et ces poursuites variées ne suffisaient pas à l’activité de M. Michel Chevalier. Un champ nouveau s’ouvrit bientôt devant lui. Vers la fin de 1840, M. Rossi, promu à la pairie, résigna