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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/907

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valier ne prit qu’une part indirecte aux dernières effervescences de ses amis. De vertige en vertige, les plus insensés d’entre eux en étaient venus à professer une morale qui ne tendait à rien moins qu’à introduire en pleine France, au cœur de Paris, un régime que les mormons ont au moins eu la pudeur d’enfouir dans les solitudes de l’Amérique. Il y eut scandale, et la magistrature crut devoir sévir ; une poursuite fut commencée. Se retirer alors eût été de mauvais goût : M. Michel Chevalier aima mieux se résigner à sa situation ; mais cette épreuve le dégageait : il se retrouva ce qu’il était auparavant, un ingénieur très capable avec l’étoffe d’un savant et d’un lettré. Même pendant son excursion au pays des aventures, on avait pu distinguer le mérite très réel dont ses travaux étaient empreints, ses connaissances variées, l’étendue de son coup d’œil, un talent composé de parties brillantes et solides qui, malgré quelques disparates, ne s’excluaient pas. C’en fut assez pour lui ouvrir l’accès d’un journal qui presque toujours a mis un remarquable discernement dans le choix de ses auxiliaires : M. Michel Chevalier entra aux Débats, et c’est de sa prison qu’il leur adressa ses premiers articles : circonstance digne de remarque, et qui donne à la fois une idée de la valeur de l’écrivain et du patronage tolérant sous lequel il reparaissait devant le public. À cette sorte d’amnistie, le gouvernement joignit bientôt la sienne. Non-seulement les six mois d’emprisonnement qui restaient à courir furent remis au détenu, mais, par l’intermédiaire de deux hommes honorables qui lui portaient un vif intérêt, on lui fit offrir de reprendre immédiatement ses fonctions dans le corps des mines, ou de remplir quelque mission relative à ce service. Plusieurs motifs justifiaient cette rentrée en grâce, un entre autres qui mérite d’être signalé.

Il y avait alors, dans le pays comme dans les chambres, un parti qui voulait faire partager au gouvernement son goût pour les expériences belliqueuses. À la tête de ce parti figurait un homme que l’on peut nommer, puisqu’il est mort à la peine, M. Mauguin. Discoureur infatigable, il lassait la tribune de ses défis, s’armait du moindre prétexte pour remanier la carte d’Europe, flétrir les traités sous l’empire desquels nous vivions et déclarer que le baptême de la guerre était nécessaire à la révolution qui venait de s’accomplir. Aucun temps n’y prêtait mieux : les instincts populaires penchaient de ce côté ; la Pologne s’était réveillée à notre exemple et gémissait de notre abandon. Conseiller la paix était un acte de courage ; ce courage, M. Michel Chevalier l’avait eu. Il avait parlé de la guerre comme d’une extrémité qu’une nation accepte bravement quand son honneur est en jeu, mais où elle ne s’engage pas à la légère. Il avait loué le gouvernement de résister à des excitations qui ne ré-