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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/866

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dence que le passé, que l’importance de Terre-Neuve n’est pas un titre à une appropriation exclusive répudiée par les traités.

Cette importance, nous l’avouons, est grande, et se révèle au premier coup d’œil jeté sur une carte. De toutes les possessions coloniales du royaume-uni, Terre-Neuve est la plus proche, à huit jours seulement de l’Irlande par la vapeur. C’est à Saint-Jean, sa capitale, qu’a été amarré le câble transatlantique, et de là, comme d’une tête de pont, il doit rayonner à travers toute l’Amérique par des lignes de fils dont les premiers jalons sont déjà posés de l’est à l’ouest de l’île, et de là jusqu’au Cap-Breton. Par ce privilège de position, Terre-Neuve, qui déjà commandait le golfe et le fleuve de Saint-Laurent, devient le premier anneau de la chaîne qui unit l’Angleterre non-seulement aux possessions de la couronne, mais au Nouveau-Monde tout entier. Si de tels avantages invitent l’Angleterre à une haute appréciation de sa colonie, ils lui conseillent en même temps l’équité dans ses demandes, car les stations électriques de la côte occidentale et tous les établissemens fixes dispersés sur cette côte constituent autant d’empiétemens sur les privilèges des Français ; le retour au droit antérieur en amènerait la suppression. Un récent accord pour faire aboutir un fil au nord de Miquelon autorise de meilleures espérances.

Un autre motif recommande au gouvernement anglais le maintien de la convention de 1857 : il s’est donné le tort de concéder aux États-Unis des droits qu’il n’avait pas lui-même. Tandis que le traité de 1783, conclu entre les trois puissances, accordait aux Américains la liberté seulement de pêcher aux mêmes lieux que les Anglais, les côtes françaises leur restant interdites, par un traité du 20 décembre 1818, le régent de la Grande-Bretagne leur livra %la côte occidentale de Terre-Neuve depuis le cap Raye jusqu’au cap Quirpon, atteinte trop manifeste aux privilèges français. Par cette concession inconsidérée, l’Angleterre se trouve exposée aux justes plaintes de la France, si, par amour de la paix, celle-ci tolère la concurrence du pavillon américain, et aux plaintes des États-Unis, si leurs citoyens sont entravés dans leurs entreprises.

À l’avantage de prévenir de sérieux embarras se joindra l’administration fructueuse de régions qui étaient sans valeur lorsqu’elles furent abandonnées à l’usufruit de la France, et qui, mieux connues aujourd’hui, promettent des succès à la colonisation agricole et industrielle. Sur la côte occidentale, le sol est fertile ; les forêts sont riches en bois de construction ; on y a constaté des mines de houille qui semblent la continuation des puissans gisemens qui, sur l’île du Cap-Breton, ont créé Sidney-la-Mine en face de Sidney-la-Ville. À l’aide de ces nouvelles sources de production, Terre-Neuve, qui