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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/833

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un système judiciaire qui, par lui-même, contient toutes les garanties ; il à une organisation administrative aux apparences régulières. La constitution même n’a point cessé d’être une loi, elle n’est que suspendue. Tous les élémens d’un régime meilleur existent donc à Naples. Que manque-t-il ? Une réalité répondant à ces apparences, l’exécution des lois, le respect des garanties de justice, l’intégrité des juges, la fidélité de l’administration. C’est ce qui fait que la première de toutes les questions pour le royaume napolitain est toujours dans la garantie supérieure qui assure toutes les autres, dans un régime politique où le pays ait sa part d’action, où la publicité soit un frein et un contrôle. Ce régime, qui n’a existé que de nom un moment en 1858, et qui était indéfiniment ajourné un an après, a-t-il été jugé à l’œuvre ?

Le système constitutionnel, en réalité, disparut à cette époque avant de naître à la vie pratique. Il alla se briser contre les impatiences inexpérimentées des partis, il faut le dire aussi, contre la secrète hostilité du prince. Ferdinand II croyait trop peu à ce régime pour l’aider à vivre, s’il ne voulait ou ne pouvait vivre de lui-même. Il était depuis trop longtemps accoutumé à gouverner seul, en maître absolu, pour se plier subitement aux nécessités de la liberté politique. Il ressemblait un peu trop enfin, dans ses ironiques défiances, à son aïeul Ferdinand Ier, disant à son peuple qui lui demandait une constitution : « Oui, mes enfans, je vous donnerai une constitution, je vous en donnerai même deux. » Et cependant tous ces événemens qui remplissent l’histoire de Naples depuis un demi-siècle ont une lumineuse moralité politique : c’est que si l’esprit de conspiration, dernier expédient des partis, est impuissant à rien fonder, le régime absolu n’est pas moins impuissant à créer un ordre durable, à pacifier les esprits. Entre ces impossibilités diverses, la pensée d’un système de garanties constitutionnelles s’élève donc en médiatrice, conciliant à la fois l’intérêt du pays et la sécurité du trône même.

Cette œuvre était difficile à reprendre pour un prince comme Ferdinand II ; elle devient plus facile avec un roi nouveau, sans engagemens et sans liens avec le passé, uniquement intéressé à la paix et à la prospérité d’un règne qui commence. Le roi Ferdinand lui-même semblait n’être pas éloigné de le penser. On raconte que, quelques jours avant sa mort, venant de recevoir les sacremens, il présenta son fils aux assistans en leur disant : « Voici votre roi. » Puis il ajouta : « Mon fils, je te conseille de ne pas gouverner avec trop de rigueur, les temps ne le permettent pas. Pour moi, comme homme politique, je n’ai rien à me reprocher. » Que voulait-il dire cependant lorsque, dans un moment d’hallucination de ses derniers jours, il laissait, à ce qu’on assure, échapper cette parole : « Hanno vinto la causa ! — Ils ont gagné leur cause ! » Ne faisait-il pas allusion