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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/829

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spectacle d’un honnête homme dans les bagnes, portant la chaîne, d’un homme qui n’avait rien de commun avec le radicalisme des sectes, qui était simplement et sincèrement constitutionnel, et qui peu avant son arrestation écrivait avec tristesse, dans l’intimité d’une correspondance privée : « Le ministère actuel foule aux pieds toutes les lois, et il trahit en même temps le pays et le roi. Fasse le ciel que le monarque ouvre les yeux sur l’abîme qu’on creuse sous ses pas ! Ici tous les députés sont menacés : les uns fuient, les autres se cachent ; beaucoup attendent impassiblement leur destin. Pour moi, je suis stoïquement résigné : je ne déserterai jamais le champ de bataille… Honte éternelle aux auteurs de ce système de séparation entre frères aspirant aux mêmes destinées de liberté ordonnée et d’indépendance sous la forme tutélaire des institutions constitutionnelles !… » Penser ainsi, ce n’était point évidemment être digne du bagne, et c’est ce qui faisait dire à M. Gladstone, dans ses lettres sur les affaires de Naples, que pour des délits de ce genre on pourrait aussi bien condamner lord John Russell ou lord Lansdowne.

Ces procès ont eu un grand sens politique ; ils sont en quelque sorte la figure sous laquelle est apparu le régime napolitain dans ces dernières années. Ils montraient surtout comment se trouvait recomposée cette situation extrême et sans sécurité, où le libéralisme redevenait un crime et où le pouvoir se rejetait de nouveau dans le système d’arbitraire et de réaction d’autrefois. Telle est en effet l’histoire récente de Naples. Elle se résume dans ce vieux duel entre l’esprit de conjuration s’agitant dans l’ombre, renouant ses trames secrètes, toujours prêt à saisir l’occasion de quelque entreprise impossible, et l’esprit de compression maintenant une paix plus apparente que réelle, précaire, souvent troublée. Ce qu’il avait regagné en puissance dans les réactions survenues après 1848, le gouvernement du roi Ferdinand ne l’avait pas retrouvé en sécurité. C’est ainsi que se succédaient par intervalles des mouvemens quelquefois imprévus, toujours impuissans, il est vrai, mais fatalement nés d’une sorte d’agitation latente : un jour l’insurrection de Benti-vegna, en Sicile ; un autre jour la tentative de Pisacane et de quelques réfugiés à Sapri. Ce n’était pas assez pour ébranler le gouvernement ; c’était assez pour réveiller les craintes, raviver la répression et motiver sans cesse quelque mesure menaçante, comme ce décret de 1856 qui punissait des fers le simple délit de port d’armes. Ferdinand II, sur la fin de son règne, en était venu à croire à l’infaillibilité souveraine de son système politique. Ses victoires sur l’esprit révolutionnaire de 1848, en lui rendant l’indépendance absolue de son autorité, avaient redoublé en lui cet énergique sentiment du pouvoir qui a été son caractère dominant. Il se considérait