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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/828

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entre les mains de M. Peccheneda, qui rappelait les procédés du marquis Delcarretto avec des formes plus âpres et moins scrupuleuses encore. Bientôt on alla plus loin à Naples. Après avoir vaincu et dispersé la révolution de 1848, le gouvernement napolitain entreprit une sorte de révision de tous ces événemens, qui n’étaient plus que de l’histoire. De là deux affaires, deux procès qui engageaient la magistrature dans la réaction politique, qui ont rempli plusieurs années et qui ont retenti en Europe : les procès de l’insurrection du 15 mai et de l’Unité italienne.

Rassembler tous les fils de ces deux affaires aux proportions colossales, ce fut l’œuvre de plus de deux années pendant lesquelles les accusés demeurés à Naples ne laissaient point de rester en prison. Un grand nombre de députés, d’anciens ministres se trouvaient impliqués dans le procès de la journée du 15 mai. M. Scialoia, qui avait été ministre au 3 avril, fut condamné à huit années de réclusion commuées en exil. M. Pietro Leopardi, qui avait représenté le roi de Naples à Turin, fut frappé d’un bannissement perpétuel. D’autres, M. Barberisi, M. Spaventa, furent condamnés à mort, mais ne furent point exécutés. Je ne m’arrêterai pas même aux procédés juridiques en cette affaire. Il y avait une considération supérieure qui dominait tout. De quoi étaient accusés tous ces hommes qui avaient eu un caractère public ? Ils étaient en jugement et ils subissaient une condamnation pour avoir conspiré et tenté, disait-on, de changer la forme du gouvernement. Étaient-ils coupables ? Je n’en veux rien savoir ; toujours est-il qu’au nom du pouvoir absolu, qui venait de suspendre indéfiniment la constitution, on les accusait d’attentat au régime constitutionnel, qui était la forme du gouvernement au 15 mai 1848. Lorsque le roi Ferdinand faisait face à l’insurrection dans les rues de Naples, il avait le beau rôle et ce prestige que donne une résolution hardie ; lorsque, redevenu souverain absolu, il laissait tomber les sentences de la grande cour criminelle de Naples sur ces événemens refroidis, ce n’était plus que le prince irrité exerçant des vengeances rétrospectives et d’inutiles représailles.

Il en était de même dans l’affaire de l’Unité italienne. Le roi de Naples était assurément dans son droit en poursuivant une secte qui mettait, dit-on, dans ses statuts les excitations à l’assassinat ; il dépassait le but lorsque, sur quelques témoignages équivoques de gens de police mus par des ressentimens personnels et d’une véracité problématique, il laissait envelopper dans une artificieuse solidarité avec de telles doctrines des hommes comme le marquis Dragonetti, qui, après une assez longue captivité, reçut un ordre d’exil, — comme Charles Poerio, qui fut condamné sans preuves réelles à vingt-quatre ans de fers. Il donnait à l’Europe le dangereux et choquant