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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/826

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sans la détacher de la couronne napolitaine. C’est avec cette pensée que les négociateurs allaient de Palerme à Gaëte, où était alors le roi, et de Gaëte à Palerme. Le roi finit par dire le dernier mot de ses concessions, qui n’étaient pas très différentes de celles qu’il offrait au mois de janvier 1848. Il accordait à la Sicile une administration et un parlement séparés, en conservant à Naples la direction des affaires extérieures et de la guerre ; la Sicile devait payer une contribution annuelle de 3 millions de ducats ; les troupes napolitaines occuperaient les villes principales de l’île. Une amnistie générale était proclamée. Les Siciliens auraient dû sans doute accepter ces conditions, puisqu’ils n’avaient pas la force de les améliorer par eux-mêmes. Au fond, pour ne point paraître céder au roi de Naples, ils auraient secrètement désiré peut-être que la médiation anglo-française les leur imposât. Une partie du clergé, de l’aristocratie, de la bourgeoisie, était favorable à un arrangement. Le parti de la résistance l’emporta ; le rôle de la France et de l’Angleterre était fini. Or, la main des deux puissances une fois retirée de ces négociations et les soldats de Filangieri retrouvant leur liberté d’action, la Sicile pouvait livrer encore des combats sanglans : elle pouvait retarder la marche de l’armée napolitaine, comme le fit à Catanele Polonais Mieroslawski avec sa légion ; mais le dénoûment était marqué : d’étape en étape, le général Filangieri devait arriver à Palerme. L’indépendance sicilienne expirait dans un impuissant enivrement d’enthousiasme, et l’autorité du roi Ferdinand était rétablie dans l’île.

Lorsque la Sicile se réveillait ainsi soumise et meurtrie de son rêve d’indépendance, le régime constitutionnel achevait de mourir à Naples même. Le roi s’était décidé à convoquer encore une fois le parlement le 1er février 1849. Était-ce bien un parlement ? Toutes les difficultés, toutes les impossibilités que les chambres avaient rencontrées dans une première session, elles les trouvaient de nouveau devant elles : dédains de la cour, malveillance systématique du ministère, insultes extérieures, menaces de l’armée. La chambre des députés se laissa entraîner, il est vrai, à une grave imprudence dans sa position : elle discuta et vota une adresse au roi qui était une déclaration d’hostilité contre le ministère, et qui demandait un changement de politique ; elle ne réfléchit pas que le cabinet s’inquiétait peu au degré de confiance qu’il lui inspirait et que la politique était désormais tout entière au palais, non dans le parlement ; elle usait d’un droit de remontrance qu’elle n’avait pas la puissance de soutenir. Le roi ne reçut pas l’adresse, et le ministère laissa les chambres à elles-mêmes. Ce parlement s’occupait à discuter des lois sur la presse, sur la garde nationale, sur les municipalités ; les ministres ne paraissaient pas même aux séances. La chambre mettait un empressement qu’on ne lui demandait pas à voter des lois de