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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/824

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Calvi, le baron de Lumia, le prince Scordia. Un gouvernement se trouvait ainsi constitué, et cela fait le parlement sicilien, cédant à un mouvement spontané, se hâtait de proclamer, par un décret du 13 avril, la déchéance de Ferdinand de Bourbon et de sa dynastie du trône de Sicile. Le décret ne fut pas voté, il fut acclamé dans une explosion d’unanimité, comme on le disait. C’était une faute d’enthousiasme, si l’on veut ; ce n’était pas moins une faute, qui, en consommant la rupture, irritait le patriotisme napolitain, et faisait désormais du renversement de Ferdinand II à Naples la condition première et souveraine du succès de la révolution de Sicile. On voit quels intérêts multiples s’agitaient dans cette journée du 15 mai, où le roi Ferdinand disputait sa couronne l’épée à la main dans les rues de Naples.

Engagé dans cette voie, le parlement sicilien avait à choisir un gouvernement définitif. Un fait à remarquer comme un symptôme de l’état des opinions en Italie, c’est que, dans ce pays livré à lui-même, l’idée de constituer une république ne vint à personne, ou, si elle vint à quelques esprits, ce fut comme une pensée sans popularité et sans écho. La Sicile devait avoir un gouvernement constitutionnel et appeler au trône un prince italien. Par une particularité curieuse, la Sicile se trouvait placée dès ce moment entre la nécessité de se hâter pour être plus tôt reconnue dans son indépendance et la difficulté de choisir un roi. Deux princes fixaient surtout l’attention, un fils du grand-duc de Toscane et le second fils du roi Charles-Albert, le duc de Gênes, qui combattait en Lombardie. Dans ce jeu étrange de combinaisons, le prince de Toscane, encore tout enfant, aurait eu les préférences de la France républicaine, et il rattachait à la Sicile un archiduc autrichien. Le duc de Gênes était vu d’un œil plus favorable par l’Angleterre, il tenait à une maison royale alors tout entière engagée dans la guerre de l’indépendance italienne, et de plus c’était un homme. Ce fut le duc de Gênes qui l’emporta ; il était unanimement proclamé, le 10 juillet, roi des Siciliens sous le nom d’Albert-Amédée Ier, et par une étrangeté de plus en cette année où tout était étrange, la France, qui n’avait nullement reconnu l’indépendance de la Sicile, prêta un de ses bateaux à vapeur aux Siciliens pour aller porter la couronne au nouveau roi.

La Sicile crut avoir assuré ses destinées ; c’était une démarche légère de plus ajoutée à la première faute de la déchéance de la maison de Bourbon. La Sicile au reste n’avait que le choix des fautes. Si elle eût choisi le prince de Toscane, elle eût sans nul doute froissé le roi Charles-Albert ; en choisissant le duc de Gênes, elle froissait le grand-duc de Toscane, elle réveillait les sentimens de jalousie de tous les princes italiens à l’égard du Piémont, sans être même certaine que Charles-Albert acceptât la couronne pour