Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/819

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


elle avait une importance en Europe, elle éclairait de ses lueurs une situation. Jusque-là en effet la révolution semblait irrésistible ; elle se promenait de capitale en capitale au milieu de la déroute des gouvernemens et des incertitudes de l’opinion frappée de vertige. Le même jour, au même instant, à Naples et à Paris, elle était arrêtée subitement par une force mystérieuse. Ce fut là en réalité le principe de toutes les réactions contemporaines, réactions bientôt illimitées et violentes comme la révolution elle-même, — et par un jeu singulier des choses, c’est de Naples, du fond de l’Italie, que partait le signal. En ce premier moment, on ne voyait que la défense nécessaire et virile, et le roi Ferdinand se grandissait en Europe par cette vigoureuse initiative dont il ne pouvait trouver le conseil qu’en lui-même. Il est certain qu’il contribuait pour sa part à briser le charme redoutable et violent de la révolution. Avec son caractère assez superbe et son amour du pouvoir, il dut éprouver une secrète et orgueilleuse satisfaction en se sentant plus libre. Il usa immédiatement de cette liberté qu’il venait de se faire en formant un nouveau ministère, où rentrait M. Bozzelli à côté du prince Cariati, du prince Ischitella, du général Carrascosa, de M. Ruggiero, du prince Torella. C’était presque le ministère du 29 janvier ; Ferdinand s’arrêtait encore à cette date. Naples fut mis en état de siège, une commission fut instituée pour rechercher l’origine des événemens de la veille. La garde nationale et le parlement furent dissous. À l’instant même aussi se révélait une des conséquences les plus directes et les plus significatives de la victoire du 15 mai. Dès le 16, l’expédition de la Lombardie était rappelée.

L’armée napolitaine était déjà sur les bords du Pô. Le vieux Pepe, toujours prêt à se mettre en insurrection, aurait voulu enlever ses soldats malgré les ordres du roi ; il ne réussit qu’à entraîner quelques détachemens. Des officiers énergiques, Ulloa, Cosenz, Mezzacapo, partirent pour Venise. Le colonel d’artillerie Lahalle, perdant la tête, se brûla la cervelle, et l’armée reprit le chemin de Naples, conduite par le général Statella : résolution grave qui enlevait à la guerre de l’indépendance non-seulement l’appui moral du plus grand état de l’Italie, mais encore une force disciplinée de quinze mille hommes. Les Autrichiens ne s’y trompèrent pas, et c’est le général Schœnhals qui le dit dans ses vigoureux récits des Campagnes d’Italie en 1848 et 1849 : « La victoire du roi dans les rues de Naples valait autant qu’une victoire qu’aurait remportée Radetzky sur les rives du Pô… L’alliance du roi de Naples, pour être négative, n’en était pas moins efficace pour nous. » Tel était l’enchaînement des choses en cette année 1848.

Le roi de Naples, à vrai dire, ne faisait que revenir strictement à