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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/810

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affranchi de toute règle, devenait le droit d’injurier, de diffamer, de fouiller jusque dans les plus secrets replis de la vie privée. De petits journaux répandaient partout les plus affreuses, divulgations personnelles et ne tarissaient point d’excitations. Le préfet de Naples voulut avertir les imprimeurs qu’il leur retirerait l’autorisation d’imprimer ; la presse redoublait de violence. À Naples comme à Rome, comme dans l’Italie entière à cette époque, la politique avait fini par devenir une manifestation populaire en permanence. Sous tous les prétextes, de nouveaux rassemblemens se formaient ; on allait sous les fenêtres des ministres en processions tumultueuses, et à ces démonstrations des rues se joignaient des réunions qui étaient de véritables clubs. L’une de ces réunions se tenait au café Buono et se composait de la jeunesse la plus ardente. C’était ce que le roi appelait ironiquement la chambre des communes, non sans triompher un peu de ces excès de la liberté que les ministres toléraient par crainte ou par faiblesse, et à coup sûr par impuissance. Dans les provinces, ce fut bien pis encore. On vit se produire une sorte de communisme pratique. Les paysans refusaient de travailler ou procédaient de leur autorité propre à une distribution des récoltes plus conforme à leur intérêt. Quelquefois, comme dans la Calabre, ils se partageaient entre eux les biens domaniaux. L’un des historiens des révolutions de l’Italie, M. Ricciardi, raconte, il est vrai, que « ces partages, bien que très illégaux, se faisaient avec un ordre admirable. » Ce n’était pas moins un signe curieux de l’anarchie profonde qui avait si rapidement envahi le pays, et qui se manifestait dans les provinces comme à Naples bien que sous des formes différentes.

Deux faits mirent particulièrement en relief, cette anarchie au double point de vue de la politique extérieure et de la politique intérieure de Naples. Le cabinet du 29 janvier, on l’a vu, était singulièrement froid pour tout ce qui touchait à la nationalité italienne. Or c’était justement un des points sur lesquels il y avait une divergence profonde entre le gouvernement et l’opinion. Au premier bruit de la révolution de Paris, de la révolution de Vienne, des journées de Milan et de la guerre de l’indépendance, les démonstrations éclatèrent aux cris de en Lombardie ! aux armes ! ». Et tout cela finit par une violente manifestation contre l’ambassade autrichienne, dont on brûla le pavillon et les armes. L’Autriche était alors représentée à Naples par cet altier personnage, le prince Félix Schwarzenberg, qui ne voyait dans la nationalité italienne qu’une creuse utopie. Il s’irrita fort naturellement en voyant les armes impériales brûlées, et il demanda sur-le-champ une satisfaction. Sa demande était simple ; mais le gouvernement, avec la meilleure