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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/808

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comme l’avait fait déjà le marquis de Spedalotto, que la Sicile ne déposerait les armes que lorsqu’un parlement se serait rassemblé à Palerme pour adapter aux temps nouveaux la constitution de 1812. « Nous pouvons seulement ajouter, disait-il par un vain palliatif, que notre vœu incessant est de nous rattacher au royaume de Naples par des liens particuliers qui doivent être sanctionnés par le parlement de Sicile, et de former ensemble deux anneaux de la belle confédération italienne. » La déclaration était nette, la Sicile persistait plus que jamais dans la voie où elle était entrée, voie fatale, d’où tous les patriotes de l’Italie, et Gioberti était du nombre, cherchaient à la détourner, mais où la retenait une méfiance invincible, doublée par l’exaltation de la lutte. Les conjonctures étaient pressantes, le parlement sicilien devait se réunir le 25 mars, et par cette réunion, qu’aucune décision souveraine n’avait encore sanctionnée, la rupture était en quelque sorte consommée.

C’est alors que le gouvernement de Naples prenait une résolution suprême qui coïncidait avec la modification ministérielle du 6 mars. Le cabinet, cédant à la nécessité, légalisait la convocation du parlement sicilien, et en même temps rendait plusieurs décrets qui créaient tout un ordre nouveau dans les rapports de Naples et de la Sicile. Les Siciliens devaient avoir une administration et un parlement séparés, des ministres propres, un lieutenant gouvernant l’île au nom du roi, et ce lieutenant était l’homme qui personnifiait la révolution sicilienne, Ruggiero Settimo. Un ministère spécial de la Sicile était créé à Naples, et ce ministère nouveau était confié à un homme estimé, le commandeur Scovazzo. Ces concessions étaient larges, et allaient assurément au-devant de toutes les prétentions légitimes des Siciliens. Ce fut lord Minto, alors à Naples, qui se chargea de les porter à Palerme et de négocier la paix. Lord Minto allait-il à Palerme avec le vif désir d’être heureux dans sa mission ? N’avait-il pas une faiblesse secrète pour cette constitution de 1812 que les Siciliens invoquaient, et qui rappelaient un temps de toute-puissante influence pour l’Angleterre, un temps qui pouvait renaître encore ? Toujours est-il que les décrets du 6 mars ne suffirent plus pour combler l’abîme qui s’était creusé entre la Sicile et Naples. Les Siciliens, aigris et pleins d’ombrages, réclamaient désormais un vice-roi investi de toutes les attributions de la souveraineté, l’exclusion de tous les soldats napolitains, l’institution d’une armée sicilienne ; en d’autres termes, ils voulaient une indépendance politique à peu près complète. Et ici encore revenait le mot fatal de cette situation : il était trop tard ! Ce qui eût paru merveilleux et inattendu un mois avant n’était plus considéré que comme un expédient pour tromper la Sicile. Les Siciliens cédaient visiblement à