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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/743

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Ou le jeu d’un rayon de lune sur les branches ?…
L’air exhale de chauds parfums de volupté.

C’est vous qu’on voit errer, ô splendides maîtresses !
Vous qui dans vos tombeaux sommeillez tout le jour,
Diane, Marguerite, ô reines, ô duchesses,
Fantômes des vieux temps et de la vieille cour !

Vous revenez la nuit : vos amans, vos poètes
Marchent à vos côtés. Fiers, sourians et beaux,
Contant de gais propos, chantant des odelettes,
Les couples enlacés glissent sous les bouleaux.


VI. — LE PLESSIS


Bordé de hauts buissons où pend encor la laine
Arrachée en passant aux troupeaux du domaine
Que l’on conduit à l’abreuvoir,
Un chemin pierreux mène à la terrasse grise
Où, parmi les tilleuls, la maison est assise,
Demi-ferme et demi-manoir.

Ce gai logis où grimpe une vigne noueuse,
Et que les métayers dans leur langue flatteuse
Appellent toujours le château,
Repose, obscur et calme, et n’a point d’autre histoire,
Ni d’autres parchemins que la courte mémoire
Des anciens du prochain hameau.

Les ramiers font leurs nids sous la vieille tourelle,
Dans la cour, coqs, pigeons, poussins battant de l’aile
Viennent becqueter le festin,
Que du haut du perron, joyeuse et la main pleine,
En peignoir rose et gris, la jeune châtelaine
Leur émiette chaque matin.

Sur la pelouse aux coins découpés en étoile,
Derrière la maison, mainte pièce de toile
Blanchit dans l’ombre, à la fraîcheur ;
Plus bas, de châtaigniers une rapide allée,
Entre deux talus verts encaissée et sablée,
Conduit aux terres du seigneur.

Là s’étendent au loin vignes, clos et prairies,
Clairs taillis où l’on voit les toits des métairies