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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/740

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Oh ! je me ressouviens !… La douleur inquiète
Qui met tout mon cœur en émoi,
Je la comprends enfin ! Chère ville muette,
Je connais quelque part une obscure retraite,
Silencieuse comme toi.

C’est la même attitude immobile et glacée,
La même église aux toits aigus.
Seulement la maison, de jasmin tapissée,
Est plus morne et plus vide encore ; à la croisée
La pâle enfant ne rêve plus.

Les volets sont fermés, la grande porte est close,
Et le jasmin n’a plus de fleurs ;
Dans un tombeau profond la pauvre enfant repose,
Et la rosée, hélas ! seule au matin arrose
La fosse étroite de ses pleurs.


IV. — AU BORD DE L’INDRE


D’un flot de ses rayons le soleil vint noyer
Un grand château du temps du roi François premier,
Et l’on voyait briller l’ardoise des toitures,
Les vitraux, les balcons et leurs frêles sculptures.
Tout autour, des fossés d’eau vive s’étendaient,
Où de blancs escaliers jusqu’au bord descendaient,
Et plus loin, des gazons, des massifs de verveines,
Abrités à demi par l’ombrage des frênes.
Puis, dans les profondeurs d’un parc de châtaigniers,
Frais, sinueux, obscurs, s’enfonçaient des sentiers,
Et d’espace en espace, une claire échappée
Laissait voir la prairie où l’herbe, encor trempée
Des larmes du matin, tremblait et scintillait,
Où, pleine jusqu’aux bords, et lente, sommeillait
L’Indre entre deux rideaux de bouleaux et de saules.
Bordant l’horizon bleu de leurs rondes épaules,
Les coteaux s’inclinaient, couverts de vigne en fleur,
Et sous cette verdure et dans cette fraîcheur
Je sentais à l’espoir mon âme se reprendre,
Et dans mon cœur guéri le calme redescendre.

Sur la pelouse, au seuil du château, deux enfans,
Blonds, roses, gracieux dans leurs vêtemens blancs,