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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/739

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Filtrant dans les tilleuls, le gai soleil d’été
Éclairait les vieillards et l’enfant blonde et rose…
O tableau doux à voir, où le cœur se repose,
Et que le pur Brizeux en beaux vers eût chanté !


III. — AZAY


Calme petite ville, où t’ai-je déjà vue ?
Dans quel rêve ou dans quel pays ?
Les noirs logis muets qui bordent chaque rue,
Avec leur forme étrange et pourtant bien connue,
Me paraissent de vieux amis.

Les pignons au soleil découpent leurs sculptures,
À leurs pieds l’ombre se répand ;
L’herbe autour des pavés met de vertes bordures,
Les murs sont lézardés, aux poutres des toitures
Le lierre grimpe et se suspend.

À la mode des temps anciens encor vêtues,
Des servantes aux grands bonnets,
Droites sur les degrés aux assises moussues,
Restent sans mouvement ainsi que des statues ;
Dans l’air volent des martinets.

Ils volent vers la place où l’église dans l’ombre
Entr’ouvre son portail cintré.
C’est dimanche, et déjà les fidèles en nombre
Vont s’asseoir gravement dans le chœur frais et sombre,
De stalles de chêne entouré.

L’encens fume, la cloche, aux voix de l’orgue unie,
S’envole, et c’est une chanson
Pleine d’émotion et de mélancolie…
Où donc ai-je entendu cette vague harmonie
Qui me donne encor le frisson ?

Tout près, une maison se dresse, morne et grise ;
À la vitre où monte un jasmin,
Une enfant aux yeux bruns, triste et pâle, est assise ;
Elle suit dans leur vol les oiseaux de l’église,
Et rêve le front dans la main. —