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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/738

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Ses regards scintillaient, sa robe aux teintes blanches
Se soulevait parfois aux soupirs de son sein…
D’un cerisier touffu s’écartèrent les branches,
Un jeune homme parut et la prit par la main.

Sur une pierre assis, d’abord ils écoutèrent ;
Tout chantait : les grillons, les rossignols ; près d’eux
Les pampres frissonnaient au vent. — Ils se levèrent,
Et dans l’obscurité disparurent tous deux.


II. — VERETZ


J’entendis un son clair et frais. Une fontaine
Jaillissait d’un tonneau dans la pierre sculpté ;
Limpide, brusque et prompt, le filet argenté
Bouillonnait en tombant dans la margelle pleine.

Au-dessus, des tilleuls se penchaient, ombrageant
L’onde où se reflétait leur image indécise,
Et jusqu’au porche bas et cintré de l’église
La fraîcheur et l’ombrage allaient se prolongeant.

C’était jour de marché bien que jour de dimanche ;
Aux yeux des acheteurs qui passaient et jasaient,
Sous les rameaux tremblans, des femmes exposaient
Leurs légumes rangés sur une nappe blanche.

Vêtus de droguet gris, coiffés de feutre noir,
Des vieillards faisant cercle autour de la fontaine
Devisaient longuement de la moisson prochaine,
Tandis que l’eau chantait au creux du réservoir.

La cloche, s’éveillant dans le clocher de pierre,
Sonnait le catéchisme, et dans l’ombre on voyait,
Par le porche béant, la lampe qui brillait,
Ainsi qu’un ver luisant, au fond du sanctuaire.

D’enfans endimanchés un essaim babillard
Essayait une ronde à deux pas de l’église ;
Une petite fille au pied d’un arbre assise,
Apprenant sa leçon, restait seule à l’écart.

Tantôt elle agitait ses lèvres entr’ouvertes,
Et sur le livre usé sa tête se penchait ;
Tantôt, les yeux en l’air, rêveuse, elle cherchait
Le passage oublié parmi les branches vertes.