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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/724

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avait fait (ou fait faire) la Princesse d’Elide. La princesse, fille des rois, dans son intention, était évidemment Madame. Par un coup désespéré de la cabale, qui sans doute connaissait d’avance Tartufe et en craignait l’effet, il y eut un revirement. Deux complots furent tramés, l’un pour relever La Vallière, l’autre pour perdre Madame. En haine de Madame, la simple fille, acceptée de la cour, même des gens de la reine-mère, est comme intronisée aux fêtes de Versailles. Pour elle, on joue la Princesse d’Elide (8 mai 1664), et les premiers actes du Tartufe (12 mai). Là, on obtient du roi ce qu’on voulait ; il ne trouve rien à dire à la pièce, mais la défend pour le public, jusqu’à ce qu’elle soit achevée. Le président Lamoignon, dit-on, travailla fort à cela. Il y avait intérêt, comme juge de Morin et allié du dénonciateur (Desmarets-Tartufe).

L’autre complot pour perdre Madame eut pour agent le scélérat de Vardes. Il voyait sur sa tête planer la foudre. Il agit en cadence avec la grande cabale. Il trompa Guiche encore, et le fit écrire à Madame, mais écrire chez lui, Vardes, qui remettrait la lettre. Il la porta tout droit au roi, la lui montra, lui dit que Madame le trahissait. Puis, se chargeant du rôle du tentateur Satan, il porta la lettre à Madame. Elle vit heureusement le piège et refusa la lettre. Alors il se mit à pleurer, se roula à ses pieds, fit des sermens terribles de sa sincérité, pleurant à chaudes larmes de ce qu’elle refusait de se mettre la corde au cou.

Sa rage fut telle qu’il ne put la contenir. Un mignon de Monsieur, le chevalier de Lorraine, faisait la cour à une fille de Madame ; Vardes lui dit ce mot cynique : « Pourquoi tant courir la servante ? Allez plus haut, à la maîtresse ; cela sera bien plus aisé. » Un tel mot, d’un tel homme, avait grande portée. L’affront, enduré de Madame, l’eût avili, et auprès du roi même. Le maître, qui se croyait si maître, dépendait fort pourtant du ridicule, s’éloignait des moqués. Si Madame cette fois n’agissait, ils prenaient un ascendant définitif ; « ils allaient être sur le trône. »

Mais voudrait-elle agir ? Elle avait jusque-là épargné ses ennemis, souffert et abrité La Vallière, leur pauvre instrument. Elle avait si peu de fiel, qu’on pouvait croire que, comme son grand-père Henri IV, elle ne sentait ni le bien ni le mal. Elle agit cependant : elle obtint que le roi vînt chez elle à Villers-Cotterets. Elle y fit venir Molière, qui pour la seconde fois joua Tartufe.

La cabale de la cour, qui était chez Madame avec le roi, forcée de subir son triomphe, avertit l’autre, la cabale dévote, qui fit une chose désespérée. On employa la reine-mère, fort malade à Paris : on écrivit au roi qu’elle s’était trouvée très mal. Il accourut. La malade lui fit la grâce inattendue de vouloir bien recevoir La Vallière.