Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/710

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


MADAME HENRIETTE
D'ANGLETERRE
- 1661 - 1666. -



I

L’aurore d’un nouveau règne, l’espoir illimité, vague, d’autant plus charmant, qui s’attache aux commencemens en toute chose, s’exprima par l’apparition de Mme Henriette, fille de la reine d’Angleterre et sœur de Charles II. Elle épousa Monsieur, frère de Louis XIV, le 30 mars, vingt jours après la mort de Mazarin.

Elle avait été élevée en France, était toute Française, et pourtant à son mariage, à son installation dans sa cour du Palais-Royal, puis à Fontainebleau, elle produisit tous les effets de la plus douce surprise. Dès ce jour, les gens de mérite sentirent qu’ils étaient vus, distingués, bien voulus, et par une personne qui sentait les moindres nuances. « Elle seule sut distinguer les hommes, dit La Fare, et personne après elle. » Molière, qui s’établit alors au théâtre du Palais-Royal, reçut le premier ce regard. Le charme d’Henriette n’est nullement étranger aux caractères de femmes qu’il traça alors et plus tard, surtout à celui de Léonor dans l’École des Maris, d’Henriette des Femmes savantes. Le roi ne fut pas le moins touché. Il l’avait dédaignée enfant ; femme, il la regretta.

Il faut remonter quelque peu pour comprendre la cour.