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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/706

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des secours mutuels, une pareille convention serait excellente ; mais l’homme est égoïste, le paysan défiant, et le sentiment de la personnalité opposera longtemps encore une résistance invincible à des projets qu’on doit encourager, mais qu’il sera difficile de réaliser. S’agit-il au contraire d’une association entre le propriétaire, le fermier, le métayer d’un côté, et l’ouvrier agricole de l’autre ? Les difficultés qu’un tel contrat soulève paraissent insurmontables. Comment par exemple prélever sur les bénéfices agricoles, déduction faite de la rente de la terre et de l’intérêt du capital d’exploitation, comment prélever, dis-je, une part assez forte pour améliorer le sort des deux tiers de la nation et assez faible pour ne pas enlever à celui qui exploite tout son bénéfice ? Comment d’une manière exacte et sûre récompenser chacun selon les facultés qu’il a et les services qu’il rend ? Un tel contrat n’entraînerait-il pas une comptabilité absolument impossible dans nos campagnes ? Tout ce qu’on peut dans cet ordre d’idées tenter en ce moment de plus sage et de plus humain, ce serait de donner chaque année à l’ouvrier fidèle et laborieux une prime fixe ou proportionnée aux bénéfices, ou bien de mettre cette prime en réserve pour le soutenir dans la vieillesse ou dans les maladies.

Si le progrès économique et matériel est attaché au développement régulier des principes de 1789 et au goût de la vie rurale, le progrès intellectuel et moral dépend des succès de l’instruction primaire et de la réforme de l’éducation. Ce n’est pas ici le moment de vanter l’instruction primaire : le bon sens public a fait justice des calomnies qu’on a dirigées contre elle, et personne ne suppose plus que de pénibles exercices de lecture, d’écriture et d’arithmétique puissent ébranler les fondemens de l’église et de l’état. Si la criminalité augmente, c’est que la population des villes s’accroît. La France, la Belgique, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Ecosse, nous prouvent à l’envi que les populations industrielles sont moins morales que les populations agricoles. Depuis 1833, l’instruction primaire obtient des résultats de plus en plus satisfaisans : sur cent conscrits, soixante en moyenne savent lire ; mais il ne suffit point d’étendre l’instruction primaire, il faut la modifier. On peut la faire contribuer d’une manière très efficace à la moralisation des campagnes. Un instituteur est presque toujours un paysan qui a choisi la carrière de l’enseignement pour échapper au service militaire ou au travail manuel. Par cela même, il est moins propre à combattre les idées, les défauts, les préjugés qu’il trouve chez ses élèves, et que dans un degré moindre il partage lui-même. Ne faudrait-il pas assurer à l’instituteur une condition meilleure, exiger de lui des garanties de moralité et d’instruction plus grandes, et attirer vers