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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/665

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n’avait rien à y voir. Aussi l’évêque fut inflexible. Constantin lui écrivit pour lui enjoindre de recevoir Arius dans son église. « Si vous faites la moindre difficulté, ajoutait l’empereur, j’enverrai des hommes de mon service pour vous faire déposer de votre charge et vous faire sortir de la ville. » Athanase n’obéit point. On conçoit qu’il fût mal vu en cour, mais il avait pour lui tous les vrais catholiques. Les solitaires de la Thébaïde lui restèrent inébranlablement fidèles. Le plus illustre d’entre eux, saint Antoine, ne pouvait pardonner à Constantin les menaces adressées au saint évêque d’Alexandrie et les tracasseries dont il était l’objet. L’empereur lui ayant envoyé une lettre dans laquelle il lui demandait sa bénédiction, Antoine ne se donna pas la peine de l’ouvrir, et, réunissant ses solitaires, il leur dit : « Ne soyez point surpris que l’empereur m’écrive, car l’empereur n’est qu’un homme ; mais que Dieu lui-même ait écrit une loi pour les hommes et nous ait parlé par son fils, voilà de quoi nous étonner. » Et il se mit en devoir de renvoyer la lettre sans en prendre connaissance. Les solitaires se récrièrent, disant que les princes étaient chrétiens comme d’autres, et qu’il ne fallait pas les scandaliser. Il consentit alors à écouter la lecture de la missive et répondit à l’empereur en peu de mots : « Vous faites bien d’adorer le Christ, mais songez à votre salut ; n’estimez point trop les choses présentes, mais souvenez-vous plutôt du jugement à venir et rappelez-vous que le Christ est le seul bien éternel et véritable ; aimez les hommes, gardez la justice, et pensez aux pauvres. »

L’acharnement des ennemis d’Athanase ne se lassait point. Ils obtinrent de l’empereur la convocation d’un concile partiel devant lequel eut à comparaître celui qu’ils se plaisaient à lui signaler comme "rebelle à sa puissance. À ce concile, qui se tint dans la ville de Tyr, Constantin envoya pour le représenter un fonctionnaire civil, le comte Denys, qui avait tous les pouvoirs pour faire venir les accusés ou les envoyer en exil, afin de montrer, disait la lettre impériale, par une insinuation menaçante pour saint Athanase, qu’on ne devait point résister aux ordres que l’empereur donnait au nom de la vérité. Le comte Denys confia la police de l’assemblée et le droit de faire entrer et ranger ses membres, non à des diacres, comme c’était l’usage, mais à un greffier public. « A ce signe, dit M. de Broglie, on voyait commencer cette rivalité de l’administration civile et du pouvoir ecclésiastique qui est le fruit inévitable et amer du despotisme politique uni à l’oppression religieuse. » Les adversaires de saint Athanase, c’est-à-dire les évêques de la cour, étaient en grande majorité dans le concile formé par Eusèbe de Nicomédie, l’évêque courtisan par excellence. Athanase avait eu d’abord la pensée de ne pas comparaître, mais on était venu arrêter