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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/656

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les monumens de la république ont disparu ; non, j’entre au Cotisée, ou je descends aux catacombes.

Il n’y a rien de plus lâche parmi toutes les lâchetés de l’empire romain que la persécution des chrétiens. Jamais on ne méprisera assez ce pouvoir sans fanatisme de croyance, et par là au-dessous même de l’inquisition, torturant des vieillards, des femmes, des enfans, parce qu’ils ne veulent pas brûler un grain d’encens devant des divinités ridicules ou des empereurs infâmes, et cette multitude, encore pire que les souverains qu’elle avait faits, s’amusant de ces tortures infligées à tout ce qui valait mieux qu’elle. Après tant de siècles, il est impossible, en dehors même de la cause religieuse, de contempler de sang-froid ce long attentat contre l’humanité, cette terreur qui a duré trois cents ans ; mais en prenant si vivement le parti des martyrs contre leurs bourreaux, on s’expose à scandaliser certains hommes qu’on croirait moins chatouilleux à l’endroit des empereurs païens. C’est ce qui est arrivé à celui qui écrit ces lignes ; pour avoir manqué de respect à l’empire romain, il a été sévèrement relevé dans un journal religieux. Il semblerait que l’empire romain devait être plus odieux à de si bons chrétiens qu’à personne ; mais le despotisme en lui-même est une si belle chose à leurs yeux et on pourrait faire un si bon usage de la persécution, qu’il faut aviser à ne pas dégoûter de l’un et à ne pas décourager de l’autre.

M. de Broglie n’est pas un de ces hommes-là, car ils sont ses adversaires. Jamais livre ne respira mieux que le sien le mépris de la force et ne fut animé d’une sympathie plus vive pour les résistances généreuses. On ne peut donc lui faire un reproche d’avoir cherché comme historien à comprendre les persécutions, que comme chrétien et comme homme il déteste autant que personne. La barbarie des persécuteurs n’avait pas besoin d’être mise en lumière, il a voulu l’expliquer comme on explique la formation des monstres. Ce n’était point le zèle religieux qui inspirait les empereurs ; le gouvernement romain n’avait nulle intolérance systématique, bien qu’à toutes les époques il ait montré pour les religions étrangères une défiance qui n’empêchait point la foule de les accueillir avec ardeur. Il n’est pas exact de dire que « les dieux de toutes les nations se sont réunis pour vivre sous le même toit dans le Panthéon. » Le Panthéon, malgré son nom, ne fut jamais consacré même à toutes les divinités de Rome, mais seulement à quelques-unes des principales. Peu à peu cependant les religions de l’Égypte et de la Syrie, souvent repoussées, finirent par avoir dans la capitale du monde leurs temples et leurs prêtres : c’est que ces religions ne contenaient point un principe moral essentiellement contraire à l’idolâtrie de la matière et à