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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/649

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cours de l’Ohio et de tous ses affluens. Pour diminuer la violence des inondations du Mississipi, il suffirait aussi de creuser un autre lit au fleuve à quelques kilomètres au-dessous de la Nouvelle-Orléans et de le diriger en droite ligne vers le Lac-Borgne : aussitôt le niveau des crues, qui maintenant est de h mètres plus élevé que celui de la mer, baisserait de toute sa hauteur ; le fleuve, pour régulariser sa pente, recreuserait lui-même son lit en amont de l’embouchure, et les levées de la Basse-Louisiane cesseraient d’être continuellement en danger.

On devrait faire également ce qu’on a fait en Hollande et ailleurs sur une moindre échelle : former à droite et à gauche du fleuve de vastes bassins de colmatage où les eaux de crue viendraient déposer leurs alluvions. Chaque nouvelle inondation déposerait une nouvelle couche de terre fertile, et c’est ainsi que peu à peu se formerait une digue indestructible déposée par le Mississipi lui-même. Tout progrès industriel et agricole consiste à utiliser au profit de l’homme les forces dangereuses de la terre, à dompter la nature indisciplinée, à faire servir pour son bonheur tout ce qui semblait créé pour asservir l’humanité. Ces forêts profondes où l’on respire la mort avec l’humide parfum des plantes doivent être assainies, ces marécages d’où s’exhale une fiévreuse atmosphère doivent être comblés, ce fleuve menaçant dont le planteur regarde avec inquiétude le courant rapide doit être muselé. Il faut que bientôt le doigt de l’homme puisse guider le Mississipi et le faire serpenter à sa guise à travers le continent comme un précieux auxiliaire, et non plus comme un ennemi.


Telle est en résumé l’histoire de ce magnifique cours d’eau que les poètes ont si bien nommé le père des fleuves, ce Mississipi qui, depuis les sources du Missouri jusqu’à la mer, a 7,000 kilomètres de longueur, reçoit les eaux d’un bassin de plus de 2 millions de kilomètres carrés et déverse dans le golfe un volume de liquide variant de 15,000 à 30,000 tonneaux par seconde. C’est là ce fleuve que l’un des premiers gouverneurs de la Louisiane disait n’être pas même capable de faire flotter une pirogue d’Indiens ; maintenant 750 bateaux à vapeur, portant des marchandises pour une valeur de 3 milliards de francs, naviguent sur les 13,000 kilomètres de développement total qu’il offre avec ses branches et ses affluens. Et cependant le commerce du Mississipi est dans l’enfance. Quelques-unes des provinces riveraines, telles que l’Iowa, l’Illinois et le Missouri, compteront bientôt parmi les points industriels et agricoles les plus importans du monde, et c’est là que se trouvera le centre politique autour duquel graviteront les destinées sociales de tout le continent nord-américain. Déjà le centre de population de la république