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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/647

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la pente du Mississipi, les inondations augmentent de hauteur, et, sous peine de voir de terribles crevasses ravager le pays, il faut sans relâche donner également plus de hauteur aux levées, qui s’étendent déjà sur une longueur de plus de 800 kilomètres à droite et à gauche du fleuve. Ainsi on endigue les bords, afin de prévenir les inondations, et les digues elles-mêmes sont des causes d’inondation ; plus elles sont élevées, plus il est nécessaire de les élever encore : il est impossible de sortir de ce cercle vicieux. À la longue, il faudrait construire des levées semblables à celles de l’Hoang-Ho ou du Pô près de Ferrare, et les construire jusqu’à 25 mètres et plus encore au-dessus du niveau de la plaine. Les anciennes levées, dont on trouve les restes dans la campagne à une certaine distance du bord, étaient beaucoup plus basses que les nouvelles ; en quelques endroits, la différence de hauteur s’élève à 2 mètres. Cette différence ne saurait provenir d’un tassement du sol, car les retranchemens et les remblais peuvent se conserver pendant des milliers d’années sans que l’élévation en diminue d’une manière appréciable. Les anciennes levées du Mississipi ont encore une forme aussi régulière et des côtés aussi égaux qu’à l’époque même de la construction.

Une autre cause, provenant aussi du travail de l’homme, menace le sort des levées dans la Basse-Louisiane : cette cause est l’assèchement graduel des immenses marécages qui s’étendent à droite et à gauche du Mississipi dans la partie moyenne de son cours. On a vu que le fleuve déverse dans ces marécages environ 40 pour 100 de la masse totale de ses eaux, et n’en reçoit le résidu que deux ou trois mois après le passage de l’inondation, alors que le niveau des marécages est à son tour plus élevé que celui du fleuve. Si toute cette masse d’eau, équivalente à près de la moitié d’un autre Mississipi, ne pouvait pas s’épancher par-dessus la rive dans les marais, le lit du fleuve dans la Basse-Louisiane serait incapable de la contenir, et tout serait ravagé : campagnes, villes, populations seraient emportées et vomies dans la mer du Mexique. Eh bien ! cette terrible catastrophe se prépare, mais elle se prépare graduellement, de manière à donner à l’homme le pouvoir de l’éviter. En effet, l’agriculture se développe chaque jour sur les bords du Mississipi moyen : beaucoup de marais sont asséchés, d’autres sont défendus contre les inondations par des levées nouvelles ; l’eau qu’ils absorbaient pendant la crue reste maintenant dans le fleuve et descend vers la Nouvelle-Orléans avec une vitesse de 8 kilomètres et même parfois de Il kilomètres à l’heure. C’est un déluge qui s’abat.

On suppute en général que la tranche d’eau de pluie tombant annuellement dans le bassin du Mississipi est de 1 mètre ; mais la rareté des pluies dans le grand désert de l’ouest nous fait supposer