Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/547

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’esprit nouveau de l’Italie de pénétrer jusqu’à Naples. Toutes les vigilances de la censure étaient impuissantes contre la diffusion des idées propagées par les livres de Balbo, de Gioberti, de Massimo d’Azeglio. Tous les actes qui s’accomplissaient dans le reste de l’Italie étaient commentés passionnément. À défaut des journaux étrangers ou même italiens qu’on ne laissait plus arriver, il y avait une presse clandestine. La Sicile fermentait à son tour. Une dernière insurrection éclatait à Reggio ; mais dès lors les libéraux napolitains sentaient la nécessité de se renfermer dans une agitation pacifique, de ramener leur action et leurs vœux à un but et à des procédés plus pratiques, de nature à décourager ou à compromettre la répression. Ils tournaient leurs hostilités contre les ministres, contre le confesseur du roi, Mgr Cocle, non contre le prince lui-même, dont ils associaient le nom dans leurs acclamations à ceux de Pie IX et de Charles-Albert. Le 14 décembre 1847, une démonstration publique avait lieu à Naples en l’honneur de Pie IX et pour demander des réformes au roi. La police redoublait de rigueurs, multipliait les arrestations, et le lendemain paraissait une protestation appuyée de cinq cents signatures, déclarant que, si c’était un crime « de s’être rendu les organes des désirs modérés de tous, d’avoir cru et espéré que le roi aimait ses sujets et voulait, à l’exemple des autres princes italiens, exaucer les vœux de son peuple, tout le monde était coupable. » C’est alors que M. Thiers, dépeignant à grands traits la situation extraordinaire de l’Italie, jetait ces mots du haut de la tribune française : « Un seul prince, le roi de Naples, quand son peuple se pressait autour de lui, a montré la pointe de son épée, et ce peuple s’est jeté dessus. » On touchait ici à ces événemens de 1848, où sombraient les destinées de l’Italie, qui n’ont été pour Naples qu’un intermède orageux dans un règne dont l’orgueil n’a fléchi un moment que pour se relever, dont toutes les traditions se sont renouées, resserrées, pour laisser à un nouveau roi un pays livré aux mêmes périls, aux mêmes incertitudes et aux mêmes espérances.


CHARLES DE MAZADE.