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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/544

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le projet d’aborder en Sicile ; la Calabre leur fut désignée comme une terre plus amie, prête à se lever au premier signal, et c’est là qu’ils débarquaient, à l’embouchure du Neto, avec vingt compagnons dont les plus marquans étaient un autre officier déserteur de la marine autrichienne, Domenico Moro, Nicola Ricciotti, qui avait servi dans l’armée constitutionnelle d’Espagne, Nardi, le fds d’un des révolutionnaires de Modène en 1831. Tous les états de l’Italie étaient représentés sauf Naples : il y avait dans la troupe un Calabrais ! Avec vingt hommes et quelques proclamations pleines de l’esprit de M. Mazzini, ces jeunes insensés pensaient enlever l’Italie. S’ils avaient eu des illusions, ils ne tardèrent pas à les voir s’évanouir. Réduits à se cacher dans les rochers et dans les bois en marchant sur Cosenza, ils ne trouvaient pas un écho. Trahis par un d’entre eux, ils étaient cernés par les paysans et par la garde urbaine, merveilleusement dressée à ce genre de chasse. Trois jours après le débarquement, il ne restait plus rien de l’insurrection. En dix minutes de combat, tout était fini ; quelques-uns des insurgés étaient morts ou blessés, les autres étaient pris et conduits à Cosenza pour être jugés par une commission militaire. Ces jeunes conspirateurs ne voyaient pas qu’ils étaient des étrangers pour les Calabrais, qui se fussent peut-être levés à un autre appel et dans d’autres conditions. Rien ne prouvait mieux l’impuissance et l’erreur de la Jeune-Italie ; mais cette erreur, les frères Bandiera la payaient courageusement de leur vie. Ils moururent fusillés avec sept de leurs compagnons en criant : Vive l’Italie ! On dit que, pendant le jugement, l’aîné des Bandiera avait écrit au roi ; il lui expliquait sa pensée en caressant toujours son rêve, mais en ajoutant qu’il aurait sacrifié sincèrement ses idées républicaines à l’indépendance de la patrie. « Notre vrai but, en proclamant l’indépendance dans la Calabre, disait-il, était de servir la cause de l’unité italienne ; si vous voulez devenir le souverain constitutionnel de la péninsule, je me consacrerai corps et âme à votre majesté. » Sans répondre à de telles tentations peu faites pour le toucher, le roi aurait pu sans danger faire grâce : il en eut la pensée, a-t-on dit ; mais son gouvernement était engagé dans une voie où il aurait cru peut-être faiblir par la douceur, et il laissait l’exécution s’accomplir, de même que vers ce temps il mettait la main, sur quelques-uns des libéraux les plus connus, Bozzelli, d’Ayala, Carlo Poerio, Augustinis, qu’il faisait enfermer au château Saint-Elme.

Si tout se fût borné dans le royaume des Deux-Siciles à une sorte de tête-à-tête entre le pouvoir royal et les conspirations, entre un système d’ordre même excessif et les idées révolutionnaires, le gouvernement eût sans doute garder sa force et ses avantages. Un