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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/542

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de l’Italie, dirigé contre Naples, activé par l’arbitraire d’un régime absolu et allant jusqu’à la possibilité d’une séparation. C’est ce qui apparaissait sous Ferdinand II.


IV

Réunissez tous ces élémens, l’excès des réactions et des compressions, l’agitation refoulée des esprits, le développement des sectes, le progrès des antipathies siciliennes : de là sortiront ces luttes qui se sont succédé d’année en année. Tantôt elles éclataient en Sicile, comme en 1837, tantôt elles se manifestaient par des conspirations dans les Calabres et dans les Abruzzes. Elles prenaient toutes les formes, dégénérant quelquefois en lugubres tragédies, et d’autres fois aussi s’agitant comme un imbroglio où la police elle-même avait son rôle.

Il y eut vers 1833 une conspiration étrange, sur laquelle a toujours plané un certain mystère, et qui a gardé le nom de la conspiration du moine ; elle était née, à ce qu’il semble, dans un petit café de la Chiaia, où se réunissaient des mécontens pour avoir des nouvelles ou lire clandestinement quelques journaux. Il y avait dans ce complot des hommes de toutes les classes, d’anciens députés de 1820, comme Dominico Morici et Thomas Gaeta, des officiers et même des prêtres. L’âme du complot était le capitaine Nirico ; mais ce qu’il y a de curieux, c’est que le premier rôle apparent était réservé à un moine du couvent della Sanita, au frère Ange Peluso, homme d’une certaine éloquence naturelle. Une fois nouée, la conspiration eut mille péripéties et se déroulait lentement. Le mot d’ordre était la proclamation de la constitution avec Ferdinand II pour roi constitutionnel. D’autres, plus amis du mystère et des combinaisons profondes, ont voulu voir dans toutes ces trames les inspirations et la main de l’un des frères du roi, le prince de Capoue. Après bien des contre-temps et des réunions nocturnes qui se tenaient au couvent della Sanita, l’insurrection fut décidée pour le 1er septembre 1833 ; elle devait commencer à Ariano et éclater à la fois dans les Abruzzes et dans les Calabres. Frère Ange se mit en devoir ; il partit pour Ariano avec des proclamations imprimées, un drapeau tricolore, quelques munitions et une foule de brevets en blanc, et, pour déjouer tous les soupçons, il se fit passer pour un charlatan à la recherche d’un trésor. Ce singulier chef de conjuration avait réussi par le fait à attirer autour de lui une bande de paysans, et, arrivé avec eux dans une vallée, il leur dévoila ses plans en leur assurant au nom de la constitution toute sorte de bienfaits.