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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/540

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sur l’Italie, appelle spirituellement les évêques in partibus du libéralisme. Tout ne se bornait pas d’ailleurs à cette action secrète des sectes et des conjurations. L’intelligence, même contenue et surveillée par la censure, ne laissait point d’être active. Les esprits travaillaient ; ne pouvant s’occuper du présent, ils s’occupaient du passé. Carlo Troia, qui était un exilé de 1820, faisait revivre le moyen âge avec une éloquence guelfe qui éclairait l’histoire de l’Italie. M. Michèle Amari, en paraissant se renfermer dans les recherches de l’érudition, faisait vibrer le sentiment national sicilien et mieux encore le sentiment démocratique. M. Amari mettait au jour son livre des Vêpres sous ce titre inoffensif : Un Episode des histoires siciliennes au treizième siècle. On saisit bien vite dans ce récit ce que le gouvernement n’avait pas compris d’abord, et le succès du livre eut pour effet l’exil de l’auteur qui l’avait écrit et la destitution des censeurs qui l’avaient autorisé. Il y avait à Naples, à travers tout, des philosophes comme Galuppi, des légistes comme Savarese, des orateurs du barreau comme Poerio et Conforti, des économistes comme Augustinis et Scialoia, même des journaux comme le Progrès et le Musée de Littérature, où se révélait un certain mouvement de pensée indépendante. Le venin de l’esprit se cachait, à ce qu’il semble, jusque dans un livre d’étrennes qui avait un jour trompé la censure.

Un centre d’agitation et de désaffection bien autrement dangereux était la Sicile. Ici la lutte tenait à des causes plus profondes et toutes locales ; elle n’avait rien de commun avec le mouvement des partis à Naples et même en Italie ; elle découlait de l’histoire, de toutes les conditions morales et politiques de cette île, jetée à l’extrémité de la Méditerranée et séparée du continent par l’esprit et les traditions de deux millions d’hommes plus encore que par un bras de mer. Au fond, le grief de la Sicile était la disparition de ses libertés anciennes ; c’était l’abrogation de la constitution de 1812 que le roi Ferdinand Ier avait sanctionnée sous la protection et la garantie de l’Angleterre défendant ce dernier coin de terre contre l’empire ; c’était la violation de l’autonomie sicilienne consacrée par un système de parlemens nationaux, par une administration propre, par une vie entièrement distincte de celle de Naples. Au lieu de maintenir une constitution qui rappelait un temps où la Sicile était restée le dernier refuge des Bourbons poursuivis par la bruyante colère de Napoléon, les rois la supprimaient. Au lieu de ménager le sentiment d’indépendance locale si ardent et si vivace dans l’âme du peuple sicilien, la politique de tous les gouvernemens depuis 1816 tendait sans cesse à une assimilation complète de régime et d’institutions.