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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/538

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« Le cabinet anglais, disait un ministre de la France libérale à cette époque, en 1840, le cabinet anglais avait cru trouver un petit roi, je parle de ses états et non pas de son cœur, un roi faible qu’il opprimerait facilement, qui ne résisterait pas. Le roi de Naples a résisté énergiquement… — Si on veut m’obliger à donner de l’argent, a-t-il dit, je le donnerai ; si on veut m’obliger à déclarer que le traité a été violé, je ne suis que roi de Naples, mais je tiendrai tête à l’Angleterre. Il arrivera ce qu’il pourra… » Cette fierté d’attitude a fait quelquefois la force et l’originalité du dernier roi de Naples. Elle a relevé certains côtés de ce règne, sans éclipser les misères d’un état intérieur si complètement déprimé : état singulier dont le mécanisme est simple, où le souverain était responsable devant Dieu, où les fonctionnaires étaient responsables devant le prince, et où personne n’était responsable devant le pays, qui pourtant payait les frais du système, et n’avait d’autre refuge, selon l’habitude, que les conspirations et les révolutions.

Ces conspirations et ces révolutions, en effet, n’étaient point inactives sous cette apparence de force et de calme que Ferdinand II avait l’ambition de maintenir. À travers les mailles de ce réseau si habilement tendu sur tout un pays par un gouvernement d’autocratie et d’omnipotence administrative, se dessinait comme une vie latente et indistincte qui était comme la contre-partie de la vie officielle, et qui se composait du mouvement des esprits, de l’agitation des opinions, du travail des sectes, de tout ce qui était en un mot pensée et effort de résistance. L’esprit d’opposition, je l’ai dit, n’avait été découragé ou désarmé qu’un instant par les promesses du commencement du règne de Ferdinand II. Il se réveillait bientôt déçu et irrité, et alors entre le gouvernement et les partis renaissaient ces luttes qui ont rempli l’histoire contemporaine du royaume des Deux-Siciles d’incidens obscurs, d’insurrections et de répressions. Les partis à Naples se sont produits sous des formes et avec des tendances différentes, d’autant plus qu’à la diversité des nuances morales et politiques des opinions vient s’ajouter cette autre distinction profonde, originelle, entre l’esprit sicilien et l’esprit napolitain.

Au fond, le carbonarisme n’existait plus sous Ferdinand II. Il n’avait survécu qu’à peine à sa défaite de 1821 ; il jetait son dernier feu dans l’insurrection du Cilento en 1827. La fraction militaire du carbonarisme surtout avait disparu ou s’était ralliée à Ferdinand. Cette fraction, à vrai dire, par son origine et ses traditions muratistes, inclinait moins vers le libéralisme que vers un despotisme éclairé, vers une forte discipline de l’ordre civil, et elle a trouvé son expression la plus élevée dans le général Carlo Filangieri.