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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/536

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Le roi Ferdinand craignait moins les routes ordinaires ; il les craignait encore un peu pourtant, et la Sicile est restée à peu près avec l’unique route circulaire qui fait le tour de l’île. Quand on parlait à Ferdinand de favoriser, d’activer les communications entre les provinces, afin de faciliter l’échange des produits, le transport des récoltes, et d’ouvrir des débouchés nouveaux, il n’était pas loin de penser que beaucoup de gens, dont les récoltes se perdent aujourd’hui, pourraient y gagner, il est vrai, mais que le peuple paierait sa vie plus cher. Ses théories d’immobilité prenaient la forme étrange d’un sentiment d’intérêt pour les malheureux, car ce roi était un roi du peuple. Son idéal eût été de gouverner avec une aristocratie reléguée désormais dans la domesticité de cour ou dans les emplois, avec une bourgeoisie paralysée dans ses aspirations de fortune et d’importance politique, et une plèbe satisfaite dans le premier besoin de vivre. Cette alliance de la royauté absolue et des classes populaires n’est pas un fait nouveau à Naples ; elle remonte au cardinal Ruffo, qui opérait avec son armée de paysans la restauration de 1799. Les derniers souverains faisaient amitié avec les lazzaroni. Ferdinand II a été un de ces rois démocratiques qui, à travers les classes pensantes, vont faire alliance avec le peuple, un peuple obéissant, qui ne s’émeut guère pour les garanties politiques et se lève parfois au cri de vive le roi absolu !

Le trait dominant de ce règne sous toutes les formes est l’amour du pouvoir, le sentiment presque superbe de l’indépendance absolue du souverain, et ce sentiment, Ferdinand II l’avait avec ses amis ou ses alliés comme avec ceux qu’il n’aimait pas. Le roi de Naples laissait assurément une grande place au clergé et à toutes les influences religieuses qui encombraient les avenues du pouvoir, à la condition toutefois que le clergé lui restât subordonné et servît ses vues, sinon il traitait les jésuites eux-mêmes comme d’obscurs libéraux, avec cette impartialité que promettait le ministre de la police dans la distribution de la bastonnade. C’est ainsi que les jésuites virent une fois leur journal supprimé à Naples, et ils ne se sauvèrent peut-être de l’expulsion que par une amende honorable et une profession de foi explicite en faveur de la monarchie absolue napolitaine. La robe ne couvrait pas le prêtre, et sous ce roi d’une dévotion minutieuse, on a vu des ecclésiastiques inexorablement traînés en justice. Il est vrai qu’ils étaient coupables ou soupçonnés du seul crime irrémissible : ils étaient accusés d’avoir trempé dans des conspirations ou de n’avoir pas révélé des complots qu’ils avaient connus. C’est surtout dans les relations extérieures qu’éclatait ce singulier sentiment d’indépendance.

Le roi Ferdinand était-il Autrichien ? Il l’était sans doute par ses