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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/534

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instruit et qui juge, il y a le gouvernement qui envahit de toutes parts les magistratures, interprétant ou devançant leurs arrêts, modifiant la nature et la durée des peines. Un accusé absous par un tribunal est laissé en prison sans motif avoué pour rester à la disposition de la police, con empara di polizia, selon l’expression consacrée. Des peines abolies par les codes, telles que les tortures et les verges, ont été rétablies en fait et ostensiblement appliquées. Le ministre de la police, dans une occasion pressante, rappelait au public par une ordonnance « cette pénalité extraordinaire et bien connue, — la bastonnade, — infligée même avant le jugement de la cour compétente, » et par un raffinement singulier d’égalité il promettait de la distribuer impartialement, « quel que fût le rang du coupable, qu’il portât une veste ou un habit. » Au fond, le vrai pouvoir à Naples sous Ferdinand II fut la police.

Ce pouvoir était immense, universel, et il était exercé par un homme, le marquis Delcarretto, qui en avait fait un art savant et perfectionné. La police avait pour principal instrument une gendarmerie composée de huit mille hommes, formant une magistrature armée toujours en exercice, et investie du droit de tout faire sous la direction de son chef. D’ailleurs elle était partout, dans le foyer domestique comme dans l’état. Elle rédigeait la gazette officielle, tenait les esprits par une double censure politique et religieuse, mettait le sceau de ses autorisations sur les travaux de physique de Melloni, et de même qu’elle se plaçait au-dessus des lois de justice, elle annulait virtuellement les lois, assez bonnes aussi, qui règlent l’instruction publique. Un des livres d’enseignement des écoles inférieures a été pendant assez longtemps un catéchisme autorisé et censuré, où les enfans apprenaient que les libéraux, « s’ils ne sont pas tous méchans de la même manière, suivent néanmoins la même route et arriveront tous à la même prison, » que le roi seul « est souverain, absolu et illimité, » que le prince est libre de ne pas tenir son serment après avoir accepté ou ratifié une constitution, « bien qu’il ait promis et juré de l’observer ! » Quoi donc encore ? Il y avait même dans le royaume des Deux-Siciles une garde nationale, qui s’appelait la garde urbaine dans les provinces et la garde de sûreté intérieure à Naples ; mais cette garde était composée, recrutée et enrégimentée de telle façon qu’elle devenait en réalité une arme de parti et de police. Je ne dis pas que cette altération systématique des institutions et des lois fut toujours un acte prémédité du roi ; elle était une conséquence de sa manière d’entendre le pouvoir, elle s’accomplissait à l’abri de son omnipotence, et elle s’aggravait à mesure que l’esprit de réaction gagnait dans les conseils de Ferdinand II. Aussi n’est-ce pas sans quelque lueur de vérité que l’une