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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/521

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la petite cour exilée flattait, caressait les carbonari du royaume, et cherchait à les attacher à sa cause par toute sorte de promesses libérales. Murât lui-même, dans les extrémités de sa fortune en 1815, se servait du carbonarisme après lui avoir fait la guerre, lorsqu’il tentait avec son armée la suprême et chimérique entreprise du soulèvement et de l’affranchissement de l’Italie entière. Et c’est ainsi que s’est développée cette funeste habitude des conspirations secrètes que les souffles révolutionnaires suscitaient à l’origine, que les compressions de l’empire alimentaient, que les gouvernemens ont encouragée plus d’une fois en conspirant avec les conspirateurs aussi bien qu’en usant eux-mêmes de tous les procédés des conjurations, et qui s’est mêlée à tous les régimes comme une des formes les plus saisissantes de la vie politique napolitaine. Le carbonarisme s’est métamorphosé et renouvelé, il a changé de nom et s’est appelé la Jeune-Italie ou l’Unité italienne à l’esprit de conspiration a persisté, frappé sans doute dans ses œuvres d’une stérilité sanglante, mais survivant toujours à ses défaites.

L’esprit de réaction est né des mêmes événemens dans un sens tout contraire. Il est sorti, lui aussi, tout armé des crises de la révolution, Jusqu’aux approches de 1789, la royauté napolitaine s’était montrée libérale ; elle avait été la promotrice de l’économie politique à sa naissance et de ce mouvement philosophique du siècle qui ne brilla nulle part plus qu’à Naples. Une pensée de réforme s’était assise sur le trône avec le prince qui passait en Espagne sous le nom de Charles III, et elle restait longtemps dans les conseils avec le marquis Tanucci. La révolution, en brusquant ce mouvement, le dénaturait, et livrait la royauté à toutes les suggestions de la peur, de la défiance et d’une implacable antipathie contre tout ce qui venait de la France. Un roi bon homme, violent et faible, aussi oublieux que prodigue de ses promesses, une reine pleine de passion vindicative, une cour corrompue et assiégée de terreurs, le sentiment populaire irrité des invasions françaises et des nouveautés, voilà les premiers élémens de la réaction qui éclatait dans le sang à Naples en 1799. La royauté, telle qu’elle reparaissait en 1815, telle qu’elle a existé jusqu’à présent, a vécu fatalement de cet esprit. Les réformes civiles accomplies par le régime français de 1806 à 1814 lui étaient violemment suspectes, et en sanctionnant ces codes nouveaux, qui sont restés les meilleurs de l’Italie, elle les dénaturait dans la pratique et en altérait l’esprit par un système d’arbitraire universel. Le carbonarisme qu’elle avait appelé à son aide devenait un ennemi qu’elle combattait par une police ombrageuse et violente, organisée elle-même en société secrète. En rentrant à Naples, le roi Ferdinand Ier promettait à son